L.Renaudin-Vary ©Warner

Piazzolla Stories : Lucienne Renaudin-Vary raconte un géant

CD – Une année chasse l’autre. Du fougueux Beethoven au passionnant Astor Piazzolla, 2021 marque le centenaire de la naissance du maître du tango argentin. Pour notre rédaction, la fête commence par le disque hommage de Lucienne Renaudin-Vary, prodige française de la trompette. 

“Ooooh la petite Lucienne !”, se sont exclamés mes parents quand je leur ai dit que mon prochain article serait consacré à Lucienne Renaudin-Vary. “On l’a vue en concert à Jonzac (Charente-Maritime) nous ! Elle était haute comme ça…” D’un signe de la main, avec tendresse, qui signifie que “la petite Lucienne” a bien grandi. De l’ado un peu gauche, trompette sur le dos à la diva sensuelle des jaquettes de la Warner. D’un petit festival de province au grand concert de la tour Eiffel…

À 22 ans à peine, elle présente déjà son troisième disque soliste, après le très varié Voice of the Trumpet et le très jazz Mademoiselle in New York, surfant sur la vague d’un jeunisme vendeur avec son Piazzolla Stories, à paraître le 26 février. Pendant que certains jouent aux “prodiges” dans les télé-crochets, d’autres se contentent d’en être, tout simplement. Des musiciens qui se révèlent en dépit du temps et de l’âge car c’est bien connu, la valeur n’attend pas le nombre des années…. 

Une grosse production signée Warner

En parlant d’années, le livret nous apprend que l’idée d’un disque Piazzolla est née il y a quatre ans dans l’esprit de la trompettiste, alors en tournée en Argentine avec l’orchestre du Capitole de Toulouse. Notre petit doigt nous dit que sa maison mère, la Warner, lui a alors suggéré de patienter un peu pour le sortir au moment du centenaire du compositeur, et ainsi se remplir les… Euh non pardon, être en phase avec l’Histoire.

Outre son sens du timing, la Warner a pour qualité d’avoir une identité forte pour ses parutions, dont une des composantes phares est de toujours afficher une distribution variée dans les programmes. Leur spectaculaire carnet d’adresses leur permet de convoquer facilement un ou plusieurs guest star pour proposer au soliste des collaborations en phase avec leur projet. Quand on a les moyens, pourquoi se priver ? Piazzolla était le maître de l’accordéon ? Qu’à cela ne tienne Lucienne, on appelle Richard Galliano ! Ah tu veux un guitariste aussi ? Thibaut Garcia, ça ira ? Et pour le reste, c’est Sascha Gœtzel à la baguette. Joyeux Noël !

Côté musique

Le disque est un mélange très varié de styles et d’influences qui veut restituer l’ambiguïté de la musique de Piazzolla, toujours à la croisée de l’écriture savante et du folklore, de la composition et de l’improvisation. Une souplesse qui permet à la trompette de Lucienne Renaudin de s’emparer facilement des grands tubes (Oblivion, Years of Solitude) et des pièces plus rares comme cet Ave Maria, véritable découverte de l’album.

Côté influences on trouve bien sûr une pièce de Bach (que Piazzolla admirait), un court aperçu de la musique de Nadia Boulanger (sa professeure à Paris) et un surprenant Caprice de Paganini, que la trompettiste justifie par son foisonnement de notes comparable au style fougueux du compositeur argentin. Oui, pourquoi pas… 

RETROUVEZ : La playlist classique de Lucienne Renaudin-Vary

Mais ce que l’on préfère dans ce programme, c’est moins le répertoire lui-même que son interprétation par une musicienne qui affirme son style de disque en disque. La trompette de Lucienne Renaudin-Vary est lyrique et décomplexée. Quel que soit le genre dont elle s’empare, elle a le pouvoir de chanter la musique et d’enchanter nos oreilles de quelque moments de grâce légère. C’était déjà le cas dans son précédent disque avec la Pavane pour une infante défunte de Ravel dont on garde un souvenir ému, c’est le cas dans ce Piazzolla Stories qui nous offre quelques perles de rêverie, comme l’Ave Maria mentionné plus haut.

Le disque est un mélange très varié de styles et d’influences qui veut restituer l’ambiguïté de la musique de Piazzolla, toujours à la croisée de l’écriture savante et du folklore, de la composition et de l’improvisation.

C’est pour qui ?

Malgré sa couverture rouge vif et son habillage caliente, Piazzolla Stories, n’a rien d’un cliché. Il préfère retranscrire le rapport complexe que Piazzolla entretenait avec la musique de son pays. Tant pis pour les amateurs de tangos endiablés et de regards de braise sur une chemise entrouverte. Ils ne trouveront dans ce disque ni sang, ni sueur, ni larmes (ni Libertango !), car ça n’est tout simplement pas le genre de la maison. Seul le fougueux Tango pour Claude (Nougaro) accompagné par son auteur, Richard Galliano, saura peut-être les contenter. Claude Nougaro qui disait de la trompette de Miles Davis qu’elle est une épine de la Lune. Si c’est vrai, celle de Lucienne Renaudin-Vary en est le rayon. Un rayon de miel…

Ceci dit, notre étoile montante offre un disque à la hauteur de nos attentes. Un disque qui éclaire la musique de Piazzolla par son contenu certes, mais dont la démarche constitue le véritable hommage. S’emparer ainsi de la musique d’un compositeur en arrangeant toutes ses pièces, c’est refuser de soumettre l’interprète au répertoire, c’est jouer ce qu’on veut sans se soucier du qu’en dira-t-on. C’est très Tango. C’est faire preuve d’audace en pariant sur son talent. Heureusement, la petite Lucienne ne manque ni de l’une, ni de l’autre.

Pourquoi on aime ?
  • Pour la trompette de Lucienne Renaudin-Vary, douce et lyrique, et pour son audace de mettre tous les répertoires à sa mesure, sans se soucier des conventions.
  • Pour la mise en lumière de la personnalité musicale de Piazzolla, plus complexe qu’il n’y paraît. Mais nous y reviendrons…
  • Pour la découverte de cet Ave Maria “tanti anni prima”. Une caresse pour l’esprit…
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