© Christophe Berlet

Célimène Daudet, Haïti et le piano

AU DISQUE – Avec Haïti mon amour (NoMadMusic), la pianiste Célimène Daudet sort un disque sincère et attachant, consacré à des compositeurs classiques de « la perle des Antilles ».

Haïti ? Euh… un séisme ravageur en 2010, une île partagée avec la République dominicaine, la première république noire, où l’on parle créole et d’où vient l’écrivain Dany Laferrière ? Et la musique dans tout ça ? Mais de la bonne, Madame, de l’excellente même ! La pianiste Célimène Daudet, de mère haïtienne, nous le prouve, et de fort jolie manière, en sortant un disque consacré à trois compositeurs majeurs du pays de ses origines : Ludovic Lamothe, Justin Elie et Edmond Saintonge.

Le « Chopin noir »

Où l’on découvre avec étonnement et intérêt que ces trois messieurs, tous nés à la fin du XIXe siècle, ont étudié au Conservatoire de Paris, et rapporté avec eux une musique d’excellente facture, au métissage subtil entre harmonies romantiques et rythmes afro-caribéens. Et pourtant, c’est presque par hasard que Célimène Daudet en a entendu parler.

Pour la remercier d’avoir créé le Haïti Piano Project, premier festival de musique classique en Haïti, l’école de musique de Port-au-Prince lui offre une partition pour piano d’un certain Ludovic Lamothe. Surnommé « le Chopin noir » dans les Caraïbes, sa musique se révèle si riche et intéressante qu’elle décide de creuser plus avant, avec l’aide de la Société de recherche et de diffusion de la musique haïtienne. Ses pas la conduisent vers Miami et Montréal, où elle découvre tout un univers musical insoupçonné.

Dès la première écoute vous croyez reconnaître ces pièces, qui viennent se loger au creux de votre oreille.

Son disque, Haïti mon amour, en est un tendre hommage. Des méringues (merengue) chaloupées et dansantes, une nonchalance toute ilienne, des scansions au caractère vaudou ou de charmantes habaneras (musique de danse cubaine NDLR), le tout enveloppé d’une douce et indéfinissable nostalgie : est-ce la musicalité de Célimène Daudet, son phrasé subtil, qui nous les restitue si justement ? Toujours est-il que, dès la première écoute du disque, vous croyez reconnaître ces pièces, qu’elles viennent se loger au creux de votre oreille, et qu’une fois le disque terminé, vous le relancez aussitôt. Une jolie découverte.

Pourquoi on aime ?
  • Pour la découverte d’un climat musical nouveau, ni complètement créole ni complètement romantique, Ni Scott Joplin, ni Gottschalk, ni Berstein, ni A Girl from Ipanema, ni Schumann ni Chopin. Ou alors un peu tout ça…
  • Pour les Danzas de Ludovic Lamothe et les Méringues de Justin Elie.
C’est pour qui ?
  • Pour les amateurs de chaleur et de douceur : lors d’un long voyage en voiture vers les vacances ou pour ceux qui souhaitent faire écouter du classique à leurs enfants.
  • Pour ceux qui aiment le piano classique sans artifices.
  • Pour piéger son ami.e mélomane au blind test « piano romantique »
Célimène DAUDET, Haïti mon amour. NoMadMusic, mars 2021 (13 titres, 51′).
Vous aimerez aussi