CD : La Vaghezza grave dans le marbre italien

CD- Pour leur tout premier album intitulé Sculpting the Fabric (Éditions Ambronay), l’ensemble La Vaghezza s’attaque à la musique rare de plusieurs compositeurs italiens du XVIIe siècle comme Cavalli, Merula, Vitali ou Rossi.

La pochette de Sculpting the fabric reprend une photographie de Benoît Pelletier d’une sculpture de Christian Lapie

Au départ, un bloc de marbre noir. A la fin, une sculpture qui évoque des silhouettes. Sculpting the Fabric, le premier album de l’ensemble La Vaghezza pose une question : peut-on sculpter la musique comme on sculpte la pierre ?

La vaghessa, trouble enchanteur

Fondé en 2016, l’ensemble La Vaghezza bénéficie depuis 2017 du programme EEEmerging du Centre culturel de rencontre d’Ambronay, pépinière de jeunes ensemble baroques. Il réunit les violonistes Mayah Kadish et Ignacio Ramal, la violoncelliste Anastasia Baraviera, le joueur de théorbe Gianluca Geremia et le claveciniste Marco Crosetto. Le nom adopté par ce quintette possède une étymologie intéressante, tant poétique que créative. La vaghezza, terme italien désignant « imprécision », trouble comme il enchante. À travers les interprétations d’œuvres de Francesco Turini (1589-1656), Dario Castello (1621-1658), Claudio Monteverdi (1567-1643) et Salomone Rossi (1570-1630), les musiciens de l’ensemble La Vaghezza se présentent comme des sculpteurs d’une musique faite d’ornementations. Mais aussi comme des compagnons fidèles de ces compositeurs de l’Italie du début du XVIIe siècle, connus mais parfois oubliés.

© Bertrand Pichene

« La musique enregistrée pour ce disque forme un portrait des couleurs et des atmosphères que l’on pouvait rencontrer au début des années 1600 en Italie. C’est une musique faite d’originalité, d’imprévisibilité, d’extravagance, d’expérimentation et de grande liberté, autant de qualités qui nous sont chères », indique l’ensemble de La Vaghezza dans le livret du disque. « Nous y avons inclus plusieurs des compositeurs les plus influents de l’époque, tout en cherchant à mettre en valeur un répertoire qui a pas été peu enregistré. Les formes musicales choisies (sonate, Balli, etc.) visent à donner un aperçu du paysage musical de l’époque. » Ces Balli ou sinfonie sont des pièces instrumentales qui venaient ponctuer les drammi per musica, (« drames pour la musique »), ancêtres de l’opéra. Leurs publications en recueils, comme pour les airs détachés des opéras, datent du XVIIIe siècle.

Comme un sculpteur qui polit le granit

La musique baroque possède des richesses que l’ensemble La Vaghezza fait ressurgir du passé. Les sonates de ce disque sont une matière sonore qu’il faut travailler : les notes sont tissées comme du fil et chaque geste de l’instrumentiste, plongé dans les méandres de la partition, évoque le sculpteur qui polit le granit ou qui lisse la glaise. Dans le travail des rythmes, La Vaghezza s’attache à retrouver le lien avec l’opéra, entre musique et prosodie du texte. En témoignent deux pistes de ce disque : la canzone d’Andrea Gabrieli, Giovane donna sott’un verde lauro, composée sur un poème de Pétrarque, et l’air de Monteverdi, Cor mio non mori ? E mori, tiré du IVe livre, composé sur un poème anonyme.

Toutes les formes d’art semblent convoquées dans cet album. À l’écoute des cinquante-deux minutes l’auditeur peut, en fermant les yeux, voir défiler des tableaux du Caravage, des sculptures du Bernin et autres trésors de l’Italie baroque.

La Vaghezza, Sculpting the Fabric (Éditions Ambronay). Une listening party aura lieu le 30 mars à 17h sur YouTube. Le disque sera disponible à la vente le 26 mars sur le site de CCR d’Ambronay.

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