Concerts-tests pour futurs concertos ?

DÉCRYPTAGE – Les services de réanimation sont à nouveau sous haute tension et la campagne de vaccination tarde à se déployer. Malgré cela, des concerts-tests tentent de se mettre en place, à Marseille et Paris. Leur but ? Prouver qu’avec l’application d’un protocole strict, une réouverture des lieux de spectacle est possible.

Une étude scientifique approfondie à la Philharmonie de Paris, en décembre dernier, avait montré que les dimensions de la salle, son architecture et ses mouvements d’air particuliers la rapprochaient d’un environnement ouvert et non confiné. Autrement dit, pas de problème au moment du concert, mais des incertitudes avant et après, lors des « brassages » de population dans les couloirs, les transports en commun, etc.

Lire également : « Et pourtant, la Philharmonie est comme à ciel ouvert… »

Ne pourrait-on pas, malgré tout, organiser des concerts en réduisant à zéro le risque de contamination ? C’est ce sur quoi travaillent l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), en coopération avec la salle de spectacle le Dôme (Marseille), ainsi que l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (APHP) et la virologue Constance Delaugerre, pour un concert à l’AccorHotels Arena (Paris).

1000 personnes à Marseille… pour IAM
Shurik’n et Akhenaton, du groupe IAM

À Marseille, deux concerts sont prévus, à une semaine d’intervalle, avec deux groupes de 1000 étudiants. Les spectateurs auront tous entre 20 et 30 ans, « une tranche d’âge qui présente peu de risque de développer une forme grave si elle venait à s’infecter », explique Vincent Estornel, médecin urgentiste en charge d’organiser ces concerts-tests à Marseille. Le groupe IAM devant y faire une apparition, les dates et heures sont tenues secrètes, afin d’éviter les attroupements. Ces 2000 volontaires seront comparés à autant de personnes, non-participantes à l’événement mais également suivies en terme de diagnostic.

Les spectateurs seront testés juste avant le concert, et ceux qui seront positifs au Covid-19 ne le sauront pas. Ceci afin de déterminer si un porteur du virus peut être infectieux dans des conditions de concert, en dépit des gestes barrières. Seuls 12% de l’espace seront occupés (le Dôme fait 8500 places) et le port d’un masque FFP2 sera obligatoire. Enfin, les spectateurs seront « assis avec la possibilité de se lever », a détaillé la ministre de la Culture Roselyne Bachelot.

5000 personnes à Bercy… pour Indochine

À l’AccordHotels Arena, ex Palais omnisport de Paris-Bercy (POPB), ce sont carrément 5000 personnes qui sont prévues en fosse fin avril, sans sièges et « collées-serrées ». Si on annonce IAM à Marseille, c’est Indochine qui devrait assurer le spectacle.

Nicolas Sirkis, leader d’Indochine

Comme l’indique la virologue Constance Delaugerre, chef de service à l’hôpital Saint-Louis (Paris), « une expérimentation, ce sont des coûts et des difficultés d’organisation. Si une seule expérimentation est possible, autant qu’elle soit le plus risquée possible. Au concert-test de Barcelone, en décembre dernier, ils étaient 500 dedans plus un groupe-contrôle. Seuls les négatifs rentraient, masqués bien sûr, et ils ont pu se restaurer par petits groupes. Il n’y a pas eu de problème car ils étaient très peu nombreux. Mais pour montrer quelque chose, en science, il faut de gros effectifs. »

Également consulté par Constance Delaugerre, le syndicat Prodiss (syndicat national des producteurs, diffuseurs, festivals et salles de spectacle musical et de variété) a indiqué que seule une réouverture des salles à jauge complète était pertinente, car à moins, les salles ne sont tout simplement pas rentables.

Une prise de risque maximum

Seule solution donc, de configuration délicate : tester les gens soixante-douze heures avant, en ne faisant rentrer que les négatifs, sans masques. Ainsi, même s’ils prennent le métro avant ou après, ils sont sans risques. La tranche d’âge est élargie : entre 18 et 50 ans. « Autrement dit, nous précise Constance Delaugerre, on se met en risque maximum pour voir si il y a sur-risque à aller au concert par rapport à rester chez soi. »

On peut donc résumer ce projet de concert-test parisien à une équation : test + port du masque + gestes barrières + vaccin pour les personnes à risque + l’application TousAntiCovid = on peut vivre comme ça jusqu’à ce que tout le monde soit vacciné, en reprenant les échanges et les distractions, si vitaux pour l’homme.

Plus d’informations d’ici une dizaine de jours. Stay tuned (restez branchés) !