La playlist classique du Trio Karénine

PLAYLIST- Louis Rodde (violoncelle), Paloma Kouider (piano) et Charlotte Juillard (violon) composent le Trio Karénine. Leur nouvel album, La Nuit transfigurée, vient de paraître chez Mirare. Voici leur playlist, en attenant de les entendre en direct dimanche 4 avril depuis Marseille, dans le cadre du festival de Pâques d’Aix-en-Provence.

Onze ans déjà, que le Trio Karénine s’est formé. C’était en 2009 au Conservatoire de Paris, dans la classe du Quatuor Ysaÿe. Ils choisissent alors comme nom d’ensemble celui d’Anna Karénine, femme puissante du roman éponyme de Tolstoï, en hommage à « la passion et la fougue qui vivent en elle ». En 2016, leur premier disque, consacré aux trios de Schumann et paru, déjà, chez Mirare a été largement salué par la critique. En 2018, ils sortent un second album, consacré à Fauré, Ravel et Tailleferre. Leur nouvel album, La Nuit transfigurée, vient de paraître chez Mirare.

Leur playlist est un hommage aux maîtres qui les ont formés et aux musiques, hautement expressives, qui ont accompagné la genèse de leur dernier album. Laissons-leur la parole…

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Arnold SCHÖNBERG, Gurrelieder

Afin d’entrer en résonance avec notre nouvel album, bâti autour de La Nuit transfigurée d’Arnold Schönberg, nous vous proposons de vous plonger dans ses mystérieux Gurrelieder. écrits à peu près au même moment. Ce cycle de Lieder (mélodies sur des poèmes de langue allemande) relate une légende nordique qui raconte l’amour et la mort, dans un univers où les princesses se transforment en colombe et les princes vengeurs se perdent dans la noirceur de la nuit. La musique fascine par la manière qu’a Schönberg d’installer un climat sonore aux mouvements étranges et fantastiques… comme dans La Nuit transfigurée. L’incipit (introduction) est un chef-d’œuvre : l’orchestre s’illumine de sonorités scintillantes dans un poudroiement harmonieux. Le temps se dilate, le champ harmonique s’ouvre soudain… et on se met à planer…


Robert SCHUMANN, Mondnacht

Une nouvelle étape sonore pour avancer dans la nuit, avec le bijou absolu qu’est Mondnacht, extrait du cycle des Liederkreis de Robert Schumann, sur un texte de Joseph von Eichendorff, dans la version de Bernarda Fink et Anthony Spiri. Une seule phrase, somptueuse et planante, est répétée à plusieurs reprises, chaque fois dans un berceau harmonique et sonore différent, pour nous dire que la nuit est bien l’endroit de toutes les sublimations…

Mondnacht figurait déjà dans cette playlist de mars 2020… : Du classique en temps de confinement #1 : en apesanteur

Gabriel FAURÉ, Quintette avec piano n°1, Jean-Claude Pennetier et le Quatuor Ysaÿe 

Il est certains artistes dont on croise le chemin et qui vous marquent durablement. Jean-Claude Pennetier et le Quatuor Ysaÿe sont de ceux-là. Jean-Claude Pennetier, immense pianiste, est également animé d’une intense spiritualité qui l’a conduit à devenir prêtre orthodoxe. Nous avons eu la chance de le côtoyer souvent, apprenant de lui une certaine manière d’être chambristes, en mettant la musique bien au-dessus de nous, en recherchant la beauté de la formulation exacte et l’attention permanente à l’autre. Il faut absolument écouter ses Grands Entretiens sur France Musique pour comprendre l’homme et le musicien. 

Le Quatuor Ysaÿe, rencontré aux prémices de notre ensemble, nous a transmis quant à lui l’amour du son commun et l’exigence du travail de groupe constitué, nous faisant devenir de véritables quartettistes du trio ! 

En 2014, le Quatuor Ysaÿe choisit de couronner son intense carrière par un concert d’adieu au sein duquel il retrouve son complice Jean-Claude Pennetier dans une lumineuse interprétation du premier quintette avec piano de Fauré, un compositeur également très cher à notre cœur. 


Benoît MENUT, Anita

Nous vous proposons de découvrir ici l’univers de notre ami compositeur Benoît Menut, un créateur fascinant animé par un imaginaire sans limite nourri par une culture éclectique. Nous adorons son amour de l’histoire, de la littérature, des symboles… et sa musique. Cette pièce symphonique est un hommage à la grande océanographe et écrivaine Anita Conti. Benoît s’est servi de photos de ses voyages et s’est inspiré de certains de ses livres, dont Racleurs d’océan

Benoît est un acolyte au long cours pour le trio : après avoir créé son trio Les Allées Sombres, inspiré de la nouvelle éponyme, nous attendons avec impatience la partition de son Triple Concerto que nous créerons avec l’Orchestre de chambre de Wallonie au printemps 2022. Il est également l’auteur du livret de notre album La Nuit transfigurée


Franz LISZT, La Vallée d’Obermann

Alfred Brendel, que l’on associe plus volontiers à Schubert et Beethoven qu’à Liszt, livre ici une magnifique interprétation de La Vallée d’Obermann, où le piano, tel un démiurge, passe du récitatif le plus dépouillé à des apothéoses aux dimensions opératiques. Soudain, nous sommes Obermann contemplant les Alpes suisses, en proie à des sentiments contradictoires que seuls ces paysages peuvent apaiser ! Ayant eu la chance de rencontrer ce grand monsieur du piano autour du trio opus 100 de Schubert, nous portons aujourd’hui la marque de cette ferveur qui l’habite et qu’il parvient si bien à transmettre. Pour l’anecdote, Brendel a suivi pendant sa jeunesse les leçons d’Eduard Steuermann, auquel nous devons la transcription pour trio avec piano de La Nuit transfigurée.


Franz SCHUBERT, Sonate D. 845 en la mineur

Trudelies Leonhard, pianiste néerlandaise, sœur de Gustave Leonhardt, s’est consacrée à l’interprétation sur instruments d’époque au fait de sa carrière de pianiste. Dans ses interprétations de Schubert et Beethoven sur des instruments contemporains de la composition de ces œuvres, comme sur ce pianoforte viennois Benignus Seidner de 1815, elle nous conduit au coeur de l’âme du compositeur, au plus près de ses intentions, mue notamment par un respect extrêmement fin des articulations. 

Outre le souffle inouï de ses interprétations, ce qui marque l’auditeur, ce sont ces contrastes entre les différents registres de l’instrument, donnant à ces brusques mouvements du cœur, si schubertiens, toute leur saveur. Son travail inspire notre trio depuis longtemps et nous comptons bien expérimenter cette palette de couleurs à trois dans un futur proche. 


Ludwig van BEETHOVEN, Quatuor à cordes N°1 opus 18 N°1, 2e mouvement

Nous avions également à cœur de faire entendre le Beethoven extrêmement pudique et recueilli du Quatuor Alban Berg dans cet Adagio affettuoso ed appasssionato de son premier quatuor à cordes. Une merveille de fusion, d’intelligence et de dévotion à la musique de chambre. Hatto Beyerle en était encore l’altiste à l’époque de cet enregistrement, un professeur qui a beaucoup compté dans notre approche de la musique, auprès duquel nous avons appris l’importance de la « connaissance » en musique. Lui-même lisait de nombreux traités et accordait une place prépondérante à la rhétorique dans son enseignement. Tout en restant extrêmement à l’écoute de la créativité de chaque jeune musicien et de sa « fantaisie ». Sa place était de cultiver notre goût selon les règles de la stylistique. Une source intarissable pour nous, qui sommes à notre tour amenés à transmettre notre métier à de jeunes ensembles.  


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Le Trio Karénine sera en concert dimanche 4 avril, à 11 heures depuis Marseille, en direct sur la chaîne YouTube du Festival de Pâques d’Aix-en-Provence