Soul of Yiddish : la voix intime

DISQUE – Soul of  Yiddish, de Noëmi Waysfeld, sorti en mars chez AWZ, est un album intime empreint de judéité, qui chante l’émancipation et la joie. On l’a adoré.

Noëmi Waysfeld a de nombreuses fois chanté l’absence et l’arrachement. Les chants de prisonniers russes en Sibérie dans Kalyma (2012), la mélancolie du fado portugais dans Alfama (2015), et la solitude que provoque la perte d’un être cher dans Zimlya (2019). Un tryptique musical sur l’exil, entrepris sans le vouloir : « Comme souvent dans ma vie je fonctionne à l’instinct. Je me suis lancée dans ces différents projets sans trop me demander pourquoi. C’est plus tard que j’ai compris ce que j’étais en train de construire », explique la chanteuse.

Dans Soul of Yiddish, son cinquième album, paru en mars dernier chez AWZ,  il n’est plus question d’exil mais plutôt de voyage. Un voyage spirituel empreint de judéité et de joie après des années à la recherche d’une certaine sérénité. Une lumière au bout du tunnel.

Poèmes et berceuses yiddish

À travers le répertoire musical et la langue yiddish, mêlés à des compositions originales ‘sur des textes de la poétesse Rivka Kope (1910-1995),  Noëmi Waysfeld livre le récit intime et spirituel d’un être en quête d’envol. Une exploration de ses racines, pour laquelle elle s’est entourée de la violoniste Sarah Nemtanu, du guitariste Kevin Seddiki et du contrebassiste Antoine Rozenbaum. 

Semblable ici à celle d’une conteuse, la voix de Noëmi Waysfeld est sablonneuse, voilée, comparable à la douce lueur d’une bougie. Un passeur de poésie. Noëmi Waysfeld est une grande chanteuse, et l’a prouvé maintes fois : dans Un Voyage d’hiver, son dernier album en collaboration avec le pianiste Guillaume de Chassy, qui s’articule autour du cycle de Lieder de Schubert, elle mène une performance vocale éblouissante, forte et maitrisée. Dans Soul of Yiddish, la chanteuse s’est comme abandonnée : « Quand j’ai commencé à répéter pour Soul of Yiddish j’ai compris que si je chantais sur le souffle, en timbrant bien, je risquais de tomber dans un côté trop lourd, disproportionné, abonde Noëmi Waysfeld. J’ai préféré laisser faire ma voix. »

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L’idée de retourner à la langue yiddish, qu’elle chante aussi bien que l’anglais, le portugais ou l’allemand… n’est pas la sienne, mais celle du violoncelliste Christian-Pierre La Marca. C’est avec lui qu’elle conclut l’album, dans une magnifique interprétation du Kol Nidreï, cette prière en araméen qui ouvre les célébrations de Yom Kippour.

Comme le rappelle le rabbin Delphine Horvilleur, dans l’introduction du livret de Soul of  Yiddish, l’histoire de la religion juive a souvent privé les femmes de chanter les prières. Ce Kol Nidreï peut être perçu comme un coup de pied dans la fourmilière : « Cette liturgie de Kippour affirme que nos paroles ne sont ni fiables ni crédibles. Les femmes, tout au long de l’histoire, ont été précisément accusées de ne pas être dignes de confiance. L’heure est à faire résonner d’autres discours. Quand leurs voix s’élèvent pour mener la prière ou la revisiter, cette vérité « toute nue » apparaît soudain. »

Pourquoi on aime ?
  • Pour la découverte de la musique et de la langue yiddish, qui petit à petit, reprend son souffle et donne de la voix
  • Pour la sensibilité de Noëmi Waysfeld qui se livre sans artifices
C’est pour qui : 
  • Pour les amoureux des musiques du monde
  • Pour ceux qui aiment les ambiances intimistes et tamisées
  • Pour ceux qui ont besoin d’un nouveau souffle

Noëmi Waysfeld sera dans la Matinale de France Musique mardi 20 avril à 8h30