CNSMDP © DR

Un professeur du CNSMD de Paris visé par une enquête pour violences sexuelles

ENQUÊTE – Selon nos informations, plusieurs victimes auraient signalé un même professeur auprès de la direction du Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris. L’institution a mené une enquête administrative et effectué un signalement auprès du procureur de la République, comme l’exige l’article 40 du code de procédure pénale.

Un professeur du Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris (CNSMDP) est actuellement visé par une enquête pour violences sexuelles, a-t-on appris de sources concordantes. Contactée, l’institution parisienne confirme avoir mené une enquête interne, suite à des accusations de violences sexuelles qu’aurait commises un professeur de l’établissement. Il a été suspendu de ses fonctions à titre conservatoire.

Selon nos sources, ce que ne confirme pas le CNSMDP, la direction aurait été alertée par plusieurs personnes affirmant avoir subi des agressions sexuelles lorsqu’elles étaient mineures.

Protéger les élèves

« Comme le requiert la loi, explique Émilie Delorme, directrice du Conservatoire, nous avons lancé une enquête interne visant à établir la matérialité des faits et déterminer les responsabilités en cause, de manière neutre et objective. Notre devoir est de protéger l’ensemble des parties. Nous avons par ailleurs fait un signalement auprès du procureur de la République, comme nous devons le faire dès lors que nous avons connaissance de faits pouvant être qualifiés de délit ou de crime. »

Ce signalement arrive quelques mois après le début du nettoyage de ses écuries d’Augias par le milieu culturel.. En février 2020, le ministère de la Culture lançait une « enquête de perception des violences et du harcèlement sexistes et sexuels dans l’enseignement supérieur artistique et culturel » auprès de 99 établissements (architecture et paysage, art et design, spectacle vivant, cinéma, patrimoine, etc.), formant quelques 37 000 élèves.

Un large plan de formations

Cette enquête, d’une ampleur inédite, a recueilli 9 404 réponses, provenant pour les trois-quarts d’étudiantes et d’étudiants. Elle « révèle plusieurs situations ou faits potentiellement graves », indique le ministère. « Les résultats de cette enquête nous ont été communiqués à l’été 2020, retrace Émilie Delorme. J’ai mis en place à la rentrée 2020 un large plan de formation, destiné d’une part à l’ensemble des agents, enseignants et étudiants, et d’autre part, de façon spécifique, aux personnes susceptibles de recueillir la parole des victimes de violences sexistes et sexuelles : les responsables des ressources humaines, les personnes chargées de scolarité au sein des départements, le pôle santé, l’encadrement et les services des affaires sociales. Ce premier volet a été bien accueilli et a permis de former presque l’intégralité de la communauté du CNSMDP. »

Dans la lignée du mouvement #MeToo, force est de constater que la libération de la parole des victimes dans le milieu musical est encore timide. Du fait sans doute d’un contexte particulier. Les étudiants intègrent les deux conservatoires nationaux supérieurs de Paris et de Lyon après des années de travail intense et un concours redoutable. Il n’est pas rare que ces prodiges de la musique soient alors mineurs. Accéder à la classe de tel professeur prestigieux est le Graal pour le jeune musicien ou la jeune musicienne, d’autant plus quand ce professeur est un artiste reconnu, une personnalité très médiatique, un organisateur de concerts, un directeur artistique de festival et donc… un futur employeur. Ces facteurs renforcent, au mieux, la relation entre élèves et professeurs et, au pire, l’omerta.

Dans la lignée du mouvement #MeToo, force est de constater que la libération de la parole des victimes dans le milieu musical est encore timide.

Une conséquence du confinement

Pour Émilie Delorme, cette enquête arrive dans « un contexte particulier, à la fois de prise de conscience générale dans la société, du rôle de formateur mené par l’institution, mais aussi d’une période de confinement qui fut un moment de questionnement pour beaucoup de gens. Si on veut que les victimes puissent signaler des faits de violences, il doit y avoir un cadre assurant des conditions d’écoute sécurisées, un bon traitement des informations, et un système de sanctions si jamais on devait en arriver là. »

Menée dans un grand respect de la confidentialité, afin de préserver la présomption d’innocence, l’enquête administrative diffère de l’enquête pénale. « Elle vise à établir la matérialité des faits, décrit la directrice. L’enquête se fait auprès de nombreux témoins : les personnes qui ont signalé initialement des faits, l’entourage de la victime présumée, des témoins des faits. La personne qui fait l’objet du signalement est la première prévenue. Tous les faits lui sont présentés lors d’un ou plusieurs entretiens. Elle peut être assistée à toutes les étapes de la procédure par un représentant du personnel. »

Pour cette enquête, Émilie Delorme a missionné Christophe Pillon, chef du service des ressources humaines de CNSMDP, et le groupe Egae, expert en matière d’égalité femmes-hommes, de lutte contre toutes les discriminations et de prévention des violences sexistes et sexuelles, notamment au travail.

En tant qu’agent de la fonction publique, le professeur faisant l’objet de l’enquête actuelle risque des sanctions telles que l’avertissement, la suspension ou la radiation. Il a été suspendu de ses fonctions à titre conservatoire le temps de l’enquête et jusqu’à la fin de la procédure disciplinaire le cas échéant.