© Marie Babey

Les Amateurs virtuoses : du piano comme les pros

REPORTAGE – Peu de festivals peuvent se targuer d’offrir des moments de rencontres entre musiciens professionnels et dilettantes du piano. Aux Amateurs virtuoses, récitals se mêlent aux masterclass où des pianistes de renom dispensent leurs conseils. Nous y avons jeté une oreille…

Dans le genre, le festival des Amateurs virtuoses est un ovni. Le seul à uniquement se consacrer aux musiciens en dilettante, ceux dont le cœur balance entre leur métier et leur piano. Fondée en 2011, par Julien Kurtz et Dominique Xardel, la manifestation illustre bien que « amateur » (du latin amator, celui qui aime) peut être synonyme de haut niveau, et non d’approximation.

François Schwarzentruber est l’un de ces nombreux exemples. Le chercheur en informatique à l’École normale supérieure de Rennes est aussi un pianiste de très bon niveau. Démonstration faite, mercredi 2 juin dans le Grand Foyer du théâtre du Châtelet où il a choisi d’interpréter la Bénédiction de Dieu dans la solitude, l’une des Harmonies poétiques et religieuses de Franz Liszt. Devant un public contemplatif, il a fait la démonstration d’un jeu coloré et rempli d’émotions.

Très attentive aussi, la pianiste Lise de la Salle observe le jeu des mains et livre une oreille professionnelle. Entre les récitals publics, le festival propose aussi des masterclass à ses musiciens amateurs, qui se voient prodiguer des conseils précieux. « C’est magnifique, commente la pianiste à la fin de la démonstration du musicien. J’ai beaucoup aimé. Il y a énormément de recherche, différentes modulations très expressives. » 

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Mais. Les amateurs sont là aussi pour apprendre. Elle s’empare de la partition : « Pour commencer, il faudrait encore plus chanter de la main gauche. Elle est mezzo forte, je l’ai entendu piano. On a besoin d’un peu plus de présence. » « Ok », répond le chercheur, timide, qui s’exécute. 

« Un vrai partage »

Lise de la Salle donne un cour improvisé à son élève le temps d’une heure. Un jeu et un moment de partage pour chacun. « En général, je donne cours à l’occasion de mes concerts, au conservatoire, ou dans les universités, explique Lise de la Salle, dont la carrière prolifique se dessine surtout sur les autres continents. J’ai fait ma première masterclass aux États-Unis, à 18 ans. Ça a été un plaisir et une évidence pour moi. On vit un vrai moment de partage. »

« Je trouve ça extraordinaire », commente, admiratif, François Schwarzentruber. Le chercheur oscille entre ses passions pour l’informatique et le piano (en atteste sa chaîne YouTube, mélange de classique et de théorèmes mathématiques!) et pratique quotidiennement sur son piano Pleyel, entre une et deux heures par jour. C’est désormais un habitué de concours amateurs qu’il fait « depuis deux ou trois ans », pour « rencontrer des musiciens et jouer dans des festivals ».

Le choix de devenir professionnel ne s’est pas imposé à François : « Le métier est très dur et je ne pense pas avoir une personnalité qui colle. » « Il y a un âge à avoir si on veut être professionnel, enchaîne Lise de la Salle. Mais si on veut « simplement » bien jouer, qu’on aime ça, et qu’on est doué, il n’y a pas d’âge. En voilà une belle preuve. »