© Stefan Brion

COMPTE-RENDU – Malgré une mise en scène des plus sommaires, l’Orfeo présenté à l’Opéra-Comique convainc, porté par Marc Mauillon héroïque et toujours aussi impressionnant.

S’il y a une pièce à conseiller à ceux qui veulent découvrir le monde foisonnant et un peu effrayant du chant lyrique, c’est sans hésiter l’Orfeo de Monteverdi. L’opéra italien en cinq actes (d’une durée d’environ deux heures), s’inspire de la plus célèbre histoire d’amour de la mythologie grecque, celle d’Orphée et d’Eurydice. Un drame intemporel, porté par une petite poignée de personnages, au rythme des vents baroques et de la lyre.

Pour ces retrouvailles salle Favart, les gestes barrières ont été abolis au royaume de Thrace : nymphes et bergers, vêtus de larges pantalons aux couleurs douces, multiplient les embrassades pour célébrer l’amour d’Orphée et Eurydice. Les deux tourtereaux offrant même au public un interminable baiser au milieu d’un champ de roses artificielles. Les veinards.

Des réjouissances de courte durée : Eurydice est morte, piquée par un serpent. Sara Mingardo, en Messagère porteuse de cette funeste nouvelle, offre à travers son unique prestation un grand moment de tragédie. Le champ rouge fait alors place à une scène noire. Orphée descend aux enfers pour retrouver sa bien-aimée.

La mise en scène de Pauline Bayle, des plus sommaires, offre des tableaux d’une simplicité efficace. Surtout : a t-on besoin de s’embarrasser de trop de décors, quand la pièce est portée par une direction musicale et des chanteurs aussi doués ?

Une direction libre et souple

Sans peine, l’Orfeo convainc. Les musiciens du Concert des nations, dirigés par Jordi Savall avec une musicalité libre, souple, voire décontractée, happent dès les premières mesures.

Marianne Beate Kielland et Marc Mauillon © Stefan Brion

Et que dire de Marc Mauillon ? Le baryton-ténor, dont l’incroyable richesse et couleurs de voix sont reconnues dans le monde lyrique, porte au plus haut la lutte d’Orphée à la recherche de la femme qu’il aime. Avec une diction des plus claires, il incarne à merveille la dualité du héros. Tantôt le plus heureux des hommes, tantôt le plus malheureux.

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Les autres protagonistes ne sont pas en reste et offrent aussi une performance vocale des plus remarquables. On retient l’intensité vocale de Luciana Manzini qui incarne Eurydice et la Musique, la magnifique voix grave de Salvo Vitale en Caron et Pluton, la présence rassurante de la soprano norvégienne Marianne Beate Kielland incarnant l’Espérance et Proserpine, et la surprise de voir dans les derniers instants de la pièce, le baryton Furio Zanasi en Apollon.

L’Orfeo, Claudio Monterverdi. Mise en scène : Pauline Bayle; direction musicale : Jordi Savall. A revoir sur Mezzo, à réécouter sur France Musique samedi 3 juillet à 20 heures.