La playlist de Cécile Pruvot, dessinatrice

PLAYLIST – L’illustratrice Cécile Pruvot était notre coup de cœur de VIBRE ! Festival des Quatuors à Bordeaux. Ses dessins à la fois sombres et drôles révélaient la beauté des Métamorphoses nocturnes de Ligeti interprétées par le Barbican Quartet. Voici sa playlist qui retrace son parcours.

Dessinatrice mais aussi altiste, Cécile Pruvot s’intéresse à l’articulation entre la musique et l’illustration. Ses créations viennent illustrer des concerts et donnent une nouvelle dimension et une nouvelle richesse aux œuvres interprétées. Elle crée en amont du concert à partir d’une partition et de l’écoute de l’œuvre. Elle diffuse ensuite ses créations en adéquation avec les musiciens sur scène. Un beau spectacle !

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Franz SCHUBERT – Premier mouvement du quintette à cordes D 956

“J’ai arrêté l’alto pendant mes années d’architecture. Juste après, en arrivant à Paris, j’ai rejoint le Coge (Chœurs et orchestres des grandes écoles, NDLR) pendant dix ans et j’ai repris l’instrument. C’était le début de ma vie parisienne ! Les bons moments, la musique… et les amis avec qui j’ai fait la musique de chambre. La première œuvre que j’ai jouée avec eux est ce quintette, pour lequel j’ai une très grande valeur affective. Si je devais partir choisir une seule œuvre musicale à emporter avec moi sur une île déserte, ce serait assurément celle-ci.

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Igor STRAVINSKY – Le Sacre du printemps

Cette pièce représente mon plus gros souvenir d’orchestre. Nous étions des amateurs mais nous aimions les programmes ambitieux. On s’est dit : “on peut le faire”. C’est une musique qui ne laisse jamais au repos, c’est fou. Elle provoque une forme de transe commune dans le collectif. J’adore cette version de l’ensemble Les Siècles, assez récente. C’est une musique brutale et diabolique, pleine d’énergie.

Maurice RAVEL – Ma Mère l’Oye

Je jouais donc de l’alto au Coje. Un jour, on m’invite à me produire au sein d’un groupe que je ne connais pas. Il est prévu d’interpréter Ma Mère l’Oye de Ravel. Et le chef d’orchestre, Aurélien Azan-Zielinski, me propose de faire des illustrations qui accompagneraient la représentation, pour éclairer l’écoute. J’accepte, on est cinq jours avant le concert ! Je répétais la journée avec l’orchestre, et la nuit je faisais les dessins ! Ça a été une révélation, je me suis rendue compte que c’était ça que je voulais faire !

Janáček LIGETI – Métamorphoses nocturnes

Avant que le Quatuor Modigliani ne me le demande d’illustrer leur version des Métamorphoses nocturnes, je ne connaissais pas vraiment cette œuvre. Forcément, faire des illustrations d’une musique demande de beaucoup l’écouter. J’ai donc écouté de nombreuses versions… certaines ne me plaisaient pas du tout mais celle-ci, des Belcea, j’en suis tombée amoureuse.

Généralement, je me laisse plusieurs écoutes sans réfléchir aux dessins. Ensuite je note des idées très précises – par exemple, au début de ce quatuor, j’imagine une forêt molle avec des lianes, un temple avec des arcades très symétriques… Puis, au milieu de l’œuvre apparaît la seule image en couleur. Ce moment m’évoquait un paysage désert que je ne pouvais pas imaginer en noir et blanc, et qui crée une surprise colorée.

Arnold SCHÖENBERG – La Nuit transfigurée

Voilà une œuvre avec laquelle je n’ai pas tout de suite accroché. Je l’ai joué en sextuor. Le fait de jouer les œuvres me permet d’apprendre à les aimer. A partir du moment ou je l’ai travaillé, j’ai eu accès à la manière dont la parole circule entre les instruments. Je garde un très beau souvenir de concert au Centre de musique de chambre avec des œuvres jouée par des jeunes sans partition, dans une lumière tamisée… Un moment magique, durant lequel l’énergie entre eux était palpable. C’est un très beau souvenir. Je suis allée voir ce concert plusieurs soirs, comme on va revoir un film plusieurs fois au cinéma. J’ai même offert des places en cadeaux à pleins d’amis !

Richard STRAUSS, Don Quichotte

C’est une pièce que j’ai également découverte en orchestre. Je me rappelle que nous étions plusieurs à lire aussi le livre. Cette imprégnation des deux œuvres ensemble est simplement magique. Je suis très émue car je trouve que la musique dépeint parfaitement l’ambivalence entre ce que Don Quichotte pense vivre et la réalité. Il n’est absolument pas présenté comme un benêt, mais comme un chevalier. C’est très beau. Je dois avouer que je rêve de l’illustrer. Comme je fonctionne sur commande… à bon entendeur !

Antonio VIVALDI – Juditha Triumphans

Jupiter est un ensemble que j’ai découvert par un ami. J’adore tout leur album. J’adore Lea Desandre et tous ces musiciens.

Richard WAGNER – Erda’s Warning – Das Rheingold

Wagner : je suis une grande fan ! En 2018, j’ai travaillé avec Edouard Signolet et Nicolas Simon de la Symphonie de poche. On s’est lancé dans un projet qui s’appelait le Ring de poche : comment raconter le Ring en moins d’une heure, avec deux comédiens et deux chanteuses. Comme pour les Métamorphoses, j’ai écouté le Ring en boucle pendant trois mois. Cette musique est un gouffre ! Ce chant de Erda fait parti des morceaux qui me rassurent. Un doudou musical.

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Johannes BRAHMS –  Danse hongroise no. 5

Une ultime musique, la Danse hongroise de Brahms et la scène du barbier dans Le Dictateur, parce que je suis une amoureuse inconditionnelle des films de Chaplin. C’est l’histoire d’un morceau qui devient indissociable d’une image. Si mes illustrations peuvent aider à ancrer des souvenirs de musique dans la tête des gens, alors, j’aurai réussir mon objectif.

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