© C. Abramowitz / Radio France

Femmes de légende : un concert tout en délicatesse

COMPTE-RENDU – La cheffe Debora Waldman, à la tête de l’Orchestre national de France, a dirigé un programme consacré à des œuvres de compositrices, ce jeudi 1er juillet, à l’Auditorium de Radio France. Alors, qui gagne, de Mars ou de Vénus ? Personne et tout le monde, en fait.

Vous vous êtes certainement demandé si les morceaux de musique composés par des femmes différaient de ceux des hommes. S’il existait même une hiérarchie entre les deux… La réponse à cette question est délicate. On peut cependant affirmer que l’écoute n’est pas la même et que le rapport à la musique est différent. La preuve, jeudi 1er juillet, avec le concert “Femmes de légende”.

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Un esprit pastoral

Constitué uniquement d’œuvres de quatre compositrices françaises (Augusta Holmès, Mel Bonis, Marie Jaëll et Charlotte Sohy) de la charnière XIXe-XXe siècle et dirigé par une femme, il a laissé émaner une délicatesse propice à l’évasion et à la détente.

Extrêmement bien bâti et logique, il a permis de voir se dessiner des lignes de forces transverses communes aux pièces. On a retrouvé ainsi, dans La Nuit de l’amour de Augusta Holmès, Femmes de légende de Mel Bonis et le Concerto pour violoncelle de Marie Jaëll, un aspect très pastoral et “musique d’extérieur”.

Ces trois premières œuvres contenant même, souvent ébauché, le thème du mouvement lent de la Symphonie du nouveau monde d’Antonin Dvorak :

Autres points communs de ces œuvres : l’horizontalité des lignes, la fluidité du discours. Mais aussi des recherches de timbres très intéressantes (piccolo/clarinette basse, harpe façon cloches, dialogue/écho entre le violoncelle solo et le 1er violoncelle chez Marie Jaëll, effets rythmiques et percussifs chez Mel Bonis…). Et enfin un souci permanent d’élévation, souvent proche de l’extase.

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Un grand cri intérieur

Tout cela pour introduire l’œuvre-maîtresse de la soirée : la symphonie opus 10 Grande Guerre, de Charlotte Sohy, composé pendant la Première Guerre mondiale et véritablement redécouverte par Debora Waldman, qui en a assuré la création mondiale.

Plus de soixante ans après le décès de son autrice, cette symphonie ne laisse pas indifférent. Son matériau est ample, souple et homogène. La maîtrise de l’écriture pour orchestre est totale et elle avance tout droit, avec intensité, pour s’achever sur un grand cri déchirant qui n’en finit pas de résonner.

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C’est délicat !

Vous l’aurez compris, ce programme était délicat et sensible, tout comme la jeune cheffe d’orchestre Debora Waldman. Il fallait la voir, avec son gabarit de danseuse étoile, diriger avec finesse et précision l’Orchestre national de France, pour réaliser combien la direction d’orchestre est un défi physique et humain. Combien il est délicat de dompter la meute et maîtriser les fauves (les musiciens d’orchestre ne sont pas toujours tendres avec leurs chefs, et spécialement ceux des orchestres français…).

Mais aussi pour goûter les moments où, oubliant sa peur, elle dirigeait avec l’ensemble de son corps, générant un chaloupé démultiplié de la part de l’orchestre.

Ce concert “Femmes de légende” a ainsi pu mettre sous le feu des projecteurs un pan entier du répertoire, jusque là absent ou déconsidéré : celui des œuvres symphoniques composées par des femmes. Et faire prendre conscience qu’il manquait une voix au discours musical classique en général : celle de la délicatesse.

Le public d’ailleurs ne s’y est pas trompé, applaudissant très chaleureusement à la fin et ne tarissant pas d’éloge en quittant l’Auditorium de Radio France. Un conseil : traquez les œuvres de compositrices !

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