AIX-EN-PROVENCE –Tristan et Isolde est la deuxième grande affiche de l’édition 2021 du festival international d’art lyrique d’Aix-en-Provence. Dans la mise en scène hors des clous de Simon Stone, le mythe médiéval rencontre les affres d’un couple moderne de la bourgeoisie parisienne, dans le tourbillon musical d’un Sir Simon Rattle au sommet de son art wagnérien.

Une salle debout, ça dit tout. Trois rappels et la distribution entière qui n’en finit pas de saluer. Sans aucun doute, le Tristan et Isolde du festival d’Aix-en-Provence 2021 est une réussite sur le plan musical. Chose rare : ce n’est pas à l’arrivée des solistes principaux que la salle s’est levée. C’est à l’arrivée du chef Simon Rattle, au sommet de son art. Et même très précisément au moment où l’orchestre se lève pour saluer à son tour ; c’est dire si le London Symphonic Orchestra a réalisé une prouesse mémorable.

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Car tenir la même qualité de son, le même velours des pupitres de cordes (mention très spéciale pour le pupitre d’altos dans le prélude du troisième acte), la même précision d’attaque chez les vents, et ce pendant les plus de quatre heures de musique, c’est véritablement une prouesse. Grand frisson messieurs dames, chapeau !

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Le chef Britannique Simon Rattle, triomphal à la tête du London Symphonic Orchestra

Si le public aixois a été unanime pour saluer la qualité musicale de ce Tristan version 2021, il l’a également été pour conspuer la mise en scène de Simon Stone, qui connaît des jours très différents à Aix cette année. Lui qui est acclamé pour Innocence, est hué pour Tristan. Deux publics différents peut-être ? Ou bien est-ce que Wagner est si sacré qu’on ne fait pas n’importe quoi avec ses opéras ?

Le grand duo d’amour de l’acte II est un pur moment de grâce suspendue, une extase intemporelle qui arrache un silence à la machine wagnérienne.

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Une mise en scène très hors des clous

Elle est architecte. Lui, sans doute avocat ou homme d’affaires. Ils vivent une histoire banale comme on en trouve mille dans les beaux quartiers ou dans les films de Woody Allen. L’histoire d’un couple qui ne se parle plus, qui ne se voit plus, et qui trace les rails parallèles d’une vie qui ne se raconte depuis longtemps que dos à dos. Jamais à deux.

Seulement, voilà qu’elle (Isolde, interprétée par Nina Stemme) raconte comme sa mère avait l’habitude de guérir les blessés de guerre en prononçant des formules magiques, et voilà que lui (Tristan, interprété par Stuart Skelton) doit partir à la conquête du royaume d’Irlande pour la gloire du roi de Cornouailles.

Vous suivez ? Non ? C’est normal, car la volonté du metteur en scène est de “superposer au livret une autre histoire qui parle d’amour ”. Exit donc les châteaux forts, les princesses et les chevaliers, place au métro bondé et à une fin de journée dans un open-space triste.

Entre mythe et quotidien

Dans cette production du glorieux Tristan et Isolde de Richard Wagner, le mythe dialogue avec le quotidien. Les grands mots d’éternité, de mort, de trahison et d’au-delà sont prononcés autour d’un repas livré au bureau d’Isolde dans des bols en cartons. Et le mythique Mild und Leise (la scène de la mort d’Isolde) résonne pour clore le spectacle…dans une rame de la ligne 11 du métro parisien, à l’arrivée au terminus de Châtelet.

C’est d’un banal direz-vous ? Et bien oui, absolument, mais c’est justement ça le message secret de cette mise en scène : convoquer la puissance du mythe pour incrémenter le réel.

A Aix-en-Provence, « Tristan » prend le dernier métro
La mort de Tristan, entre les stations Goncourt et Hôtel de Ville…

Une trivialité qui n’est pas vraiment du goût du public aixois : on dit que le soir de la première, des huées comme on en a rarement vues au Grand Théâtre d’Aix ont un peu cassé l’ambiance… 

Le message secret de cette mise en scène : convoquer la puissance du mythe pour incrémenter le réel.

Des chanteurs héroïques

“C’est regrettable de voir qu’une mauvaise presse peut un peu plomber un spectacle”, confie à l‘entracte un salarié du festival, un peu triste de voir que la salle n’est pas pas aussi remplie qu’on pourrait l’espérer en voyant les têtes d’affiches qui garnissent la distribution.

Dans le programme distribué en salle, le chef Simon Rattle nous dit “travailler avec les trois plus grands chanteurs Wagnérien du moment”. Sans être des plus experts en la matière, on ne peut que valider. Les deux rôles principaux sont tenus avec une force par Stuart Skelton et Nina Stemme et une conviction vocale qui nous fait dire par moment que Wagner coule de source.

Le grand duo d’amour de l’acte II est un pur moment de grâce suspendue, une extase intemporelle qui arrache un silence à la machine wagnérienne. La salle retient sons souffle, tant la difficulté technique s’efface devant l’émotion pure. C’est bien cela la force des grands : transformer la musique en évidence. Espérons qu’un jour le public sera prêt à en faire de même avec la mise en scène…

Une trivialité qui n’est pas vraiment du goût du public aixois : on nous rapporte que le soir de la première, des huées comme on en a rarement vues au Grand Théâtre d’Aix ont un peu cassé l’ambiance… 

Tristan et Isolde, Richard Wagner (5h05). Direction musicale : Sir Simon Rattle ; mise en scène : Simon Stone. Avec : Stuart SkeltonNina Stemme, Jamie Barton, Josef Wagner, Franz-Josef Selig, Dominic Sedgwick, Linard Vrielink, London Symphony Orchestra, Ivan Thirion et l’Estonian Philharmonic Chamber Choir
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