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COMPTE RENDU – Orchestre de Champs-Élysées, Vox Luminis, Gli Angeli, Le Banquet Céleste, La Tempête : les musiciens fidèles étaient en grande forme pour célébrer la 50ème édition du festival de Saintes.

Rares sont les festivals français qui peuvent se vanter d’avoir tenu un demi-siècle. Les Chorégies d’Orange, Aix-en-Provence, Musique en Côte basque devenu Festival Ravel, quelques autres peut-être ? Le festival de Saintes, fondé en 1972, a connu des changements de nom, plusieurs administrateurs et directeurs artistiques, des gloires et des revers, une version « labo » en 2020 mais la musique était toujours là, à Saintes, en ce mois de juillet.

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On pourrait croire qu’une autre constante sera le lieu : la célèbre abbaye aux Dames, à l’architecture mixte et bricolée par les siècles, qui donne une acoustique particulièrement favorable aux voix et aux instruments anciens.

Pourtant, cet été, on s’est baladé dans la ville. Le festival a choisi d’investir d’autres lieux de la cité… ou réinvestir, plutôt. La cathédrale de Saintes avait accueilli jadis des concerts restés dans les mémoires, comme ceux de l’ensemble Huelgas.

Quatre Stabat, six Requiem, une Messe en si…

L’édition 2021 a brillamment démontré que de grands musiciens pouvaient dompter cet immense volume, à commencer par Gli Angeli Genève. L’ensemble suisse proposait quatre partitions écrites sur le Stabat Mater, magnifique poème du Moyen Âge (XIIIe siècle). Celui de Pergolèse est un tube qu’on ne se lasse pas d’entendre, surtout par des artistes si talentueux, engagés et heureux d’être là (notamment le contre-ténor Carlos Mena!).

Les trois autres Stabat offraient une magnifique perspective, celui de Palestrina, court et puissant et celui de Arvo Pärt, ce compositeur contemporain amoureux de musiques anciennes. 

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Subtilité musicale

L’abbatiale, elle, n’a pas besoin de faire ses preuves en termes de qualité acoustique… ni de ductilité. L’ensemble La Tempête, a surpris les spectateurs par un spectacle où les chanteurs ne cessaient de se déplacer dans son chœur, ses allées et depuis sa tribune… pour mieux captiver les oreilles et les yeux. Cette performance longuement applaudie était aussi captivante à voir qu’à entendre.

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Comme souvent avec son chef Simon-Pierre Bestion, le programme est une combinaison extraordinaire des extraits de requiems anciens du Moyen Âge ou de la Renaissance, avec ceux du contemporain Giacinto Scelsi. Peu d’ensemble parviennent à une telle subtilité musicale et une telle liberté physique…

Quel contraste nous est offert, entre La Tempête et le concert de mercredi, lors duquel un grand Orchestre des Champs-Élysées et l’immense chœur du Collegium Vocale Gent ont occupé une scène immense pour faire entendre, le Begräbnisgesang de Brahms, la Symphonie de psaumes de Stravinsky et le Requiem de Fauré !

En redonnant l’un de ses faits de gloire, la reconstitution de la première version de ce Requiem (moins pompeuse disons), le chef Philippe Herreweghe a offert un magnifique cadeau à son public chéri de Saintes… qui lui a rendu son affection.

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Solo extraordinaire

L’héritier de Herreweghe (allez, osons l’écrire) est lui aussi chéri du public : Lionel Meunier venait clore le festival avec la partition des partitions, La Messe en si de Bach. Le chef et son ensemble Vox Luminis vont bientôt avoir l’honneur de chanter à la Thomaskirche de Leipzig, l’église de Johann Sebastian Bach.

Pourtant, Meunier avouait qu’à Saintes, il avait toujours le sentiment de remettre en jeu sa réputation. Pas d’inquiétude Lionel ! Son chœur a proposé une version captivante (ce n’est pas toujours le cas avec cette messe…). Dans les passages graves comme les réjouissances spirituelles, la cohésion et l’expressivité du groupe est toujours impressionnante.

On pourra chipoter sur certaines prestations des solistes mais les faiblesses (d’articulation notamment) étaient toutes excusées (en temps de distance covidienne, on ne peut pas honnêtement taper sur des chanteurs placés à trois mètres les uns des autres) par un solo extraordinaire dans l’Agnus Dei (par cœur) de William Shelton. Voici un échantillon du concert.

Sous casques

Cette édition proposait aussi de tester les concerts en direct sous casques. Ce dispositif a été imaginé pour combler l’absence de répétition ouverte (une spécificité du festival) pour raisons sanitaires.

Certes, on ne peut pas voir les quatre clavecins du concert de mardi, ni le visage du contre-ténor Paul Figuier, formidable Saint Jean-Baptiste dans le génial oratorio de Stradella par l’ensemble Le Banquet Céleste.

Mais il permet de vivre le festival différemment : une musique toujours de très haute qualité, dans le confort d’un transat, à l’ombre de la voile et en se baladant dans les jardins frais de la Cité musicale.

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Le festival de Saintes, cinquantième édition, était en transition. Le directeur artistique Stephan Maciejewski, présent depuis 1996, partira après l’édition 2022. L’ancienne directrice, pilier elle-aussi de la manifestation, Odile Pradem-Faure, vient de laisser sa place à David Théodoridès, qui a depuis dix ans fait des merveilles à Périgueux.

En tant que directeur artistique du festival Sinfonia en Périgord, il a par exemple mis le pied à l’étrier de la Compagnie La Tempête ou du claveciniste Justin Taylor. On n’est donc pas très inquiet sur la continuité de l’esprit Saintes.