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Rentrée en musique : à bas la flûte à bec !

ÉDUCATION – Cette première semaine de septembre marque la 5ème édition de la Rentrée en musique dans les établissements scolaires du pays. Retour sur un dispositif enthousiasmant pour les acteurs culturels mais encore un peu obscurs pour les enseignants.

Écoles, collèges ou lycées, les élèves commencent l’année de la plus belle façon qui soit : en musique !

La rentrée en musique : késako ?

11 décembre 2017, rue de Grenelle : dans le grand salon du ministère de l’Education nationale, de la Jeunesse et des Sports, le tout juste nommé Jean-Michel Blanquer présente un des dispositifs phares de son mandat à la tête de l’enseignement français : la Rentrée en musique, vaisseau amiral d’une opération plus large appelée Plan chorale.

Le principe est simple : en prélude à une année d’éducation artistique et culturelle obligatoire, les élèves d’un établissement devront accueillir les nouveaux venus avec une production musicale travaillée en amont (la plupart du temps vocale) pour valoriser les pratiques artistiques à l’école.

Le jour de la rentrée, chaque élève est donc appelé à se produire devant ses camarades, sans rougir de la graine de musicien qu’il est. Un exemple sur le site de l’Académie de Bordeaux, avec les élèves du collège Jeanne-d’Albret de Pau. Sont’y pas mignons…

Ne sortant jamais sans leur légendaire et charmant scepticisme, les enseignants et les chefs d’établissement applaudissaient malgré tout de bon cœur. Qui n’aurait pas envie de voir des concerts débouler sous le préau après la cantine ? Quel professeur digne de ce nom refuserait de lâcher une heure de cours pour accueillir Aldebert en résidence ? 

Une ancrage à construire

Le but affiché d’un dispositif d’une telle ampleur part d’un constat simple : la musique participe du développement de l’esprit, fait du bien au moral et, c’est bien connu, adoucit les mœurs. Nombre d’études scientifiques réalisées chez des élèves non musiciens et musiciens révèlent que chez ces derniers l’acquisition des connaissances se fait plus rapidement et que les compétences, notamment en mathématique (si, si !) sont dopées par la pratique d’un instrument ou la pratique vocale. Il n’y a donc aucune question à se poser : en avant la musique !

Seulement voilà : changer un système, faire pénétrer la musique suffisamment en profondeur pour qu’elle ait un effet positif sur la façon dont nos enfants grandissent ne se décide pas du jour au lendemain.

Dans tous les pays où de telles opérations fonctionnent (Allemagne, Grande-Bretagne, Norvège etc.) les chorales et les orchestres font partie depuis toujours de l’enseignement de base. Et ne parlons même pas des États-Unis, où un élève sans ressources peut obtenir une bourse pour l’université grâce à sa pratique musicale. Ces pays ont depuis bien longtemps la culture de la musique ancrée profondément dans leur système scolaire, mais aussi plus largement dans leurs sociétés.

Chez nous, la formation des enseignants à la pratique instrumentale n’en est encore qu’à ses débuts, surtout dans le primaire. Chez nous, la musique véhicule encore souvent ses clichés habituels. Chez nous, quand on associe les mots “chorale” et “école” on pense plutôt à la jolie moustache de Gérard Jugnot…

Les Choristes et la flûte à bec : deux images dont les enseignants ne veulent plus entendre parler…

En 2018, soit un an seulement après son application, la rentrée en musique avait fait naître des partenariats artistiques dans neuf établissements sur dix à l’échelle du pays

2017 – 2021 : un essai à transformer

Pour sa cinquième édition, la Rentrée en musique est installée comme un rituel dans nombre d’établissements. Loin d’être un feu de paille, elle est un rendez-vous pour lequel tout le monde se prépare. En 2018, soit un an seulement après son application, la rentrée en musique avait fait naître des partenariats artistiques dans neuf établissements sur dix à l’échelle du pays, et on estimait que 75% des élèves avaient pu bénéficier d’une activité chorale.

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Il est trop tôt pour mesurer l’impact que la crise sanitaire a eu sur un si beau démarrage, mais gageons qu’il continuera lorsque les masques tomberont…

On remarque toutefois une disparité dans l’application de la circulaire encadrant l’événement. Dans un collège de la banlieue bordelaise qui n’a pas de chorale constituée on appelle un chef de chœur professionnel pour apprendre une chanson en urgence le matin. Dans un autre, mieux loti, on fait venir l’Orchestre national Bordeaux Aquitaine pour souhaiter la bienvenue aux élèves.

Chaque établissement fait avec les réalités de son territoire, et le ministère l’a bien compris cette année, en assouplissant le dispositif pour permettre plus de latitude aux enseignants. Désormais il n’est demandé qu’une “forme permettant d’assurer une présence musicale”, comprenez : “un simple concert par des gens dont c’est le métier suffira”.

A tous les échelons la volonté semble être la même : ancrer la pratique musicale dans les lieux d’enseignement pour répondre à une demande que les conservatoires seuls ne peuvent pas satisfaire. Le ministère de la Culture ne s’y trompe pas en affichant nombre de partenariat inter-ministériels que les acteurs de terrain voient arriver d’un bon oeil, car il permettront aussi de faire vivre des structures locales en croisant les financements. En cinq ans, c’est déjà quelque chose…