Les ensembles indépendants appellent à un plan de relance

ACTU – Les ensembles indépendants assurent une part essentielle de l’activité de la musique classique de la France. Durement touchés par la crise, ces ensembles, réunis sous les bannières de la FEVIS et le syndicat Profedim, ont remis à la ministre de la Culture une proposition de Plan de relance. 

Premiers touchés par les annulation de concerts et la crise sanitaire, les ensembles indépendants qui assurent une grande partie de l’innovation de notre secteur de la musique dite “savante” tirent encore la langue. Certes, les aides exceptionnelles et ambitieuses de l’État, de ses structures déconcentrées et de ses établissements publics, en particulier le Centre National de la Musique, ont été “déterminantes pour sauver les structures musicales”, constate La FEVIS, la Fédération des ensembles vocaux et instrumentaux spécialisés. Néanmoins, “ces aides ne permettent pas de restaurer l’activité musicale pour les saisons à venir”, poursuit la fédération pour qui la crise a révélé “un sous-financement structurel du secteur indépendant des musiques de patrimoine et de création.”

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Les directeurs de trois ensembles indépendants appellent dans une tribune parue le 10 septembre à ce Plan de relance pour les ensembles indépendants français ! Voici le texte signé par David Grimal (Les Dissonances), Raphaël Pichon (Pygmalion) et François-Xavier Roth (Les Siècles). 

“Libres, ouverts, créatifs, brillants artisans de la redécouverte du patrimoine musical et de la création, nous, ensembles et musiciens indépendants français, sommes un vivier unique au monde par notre diversité, notre excellence et notre créativité. Mais derrière l’usure et la lassitude provoquées par la crise sanitaire, l’urgence n’a jamais été aussi grande.

Questionnant sans relâche nos pratiques et en perpétuelle ré-invention, nous explorons toutes les esthétiques avec une excellence et une énergie saluées dans le monde entier. Présents dans la France entière, nous avons depuis longtemps déjà fait nôtre l’engagement territorial, par un travail passionné et acharné de médiation et de transmission.

Les indépendants, ce sont 5000 artistes donnant près de 4000 concerts par an, dont près de 700 à l’international. Aux côtés de nombreux partenaires, nous représentons un acteur majeur de la vie culturelle, sociale et économique française, pleinement conscients et investis de l’urgence climatique. Des zones rurales aux plus grandes scènes, nos musiciens et ensembles sont aujourd’hui indispensables à la diffusion de la culture dans tous les territoires et auprès du plus grand nombre.

A travers nos concerts et spectacles, nous portons des émotions qui rassemblent, réjouissent l’âme et font naître des vocations, bouleversant même des existences. Chacun d’entre nous en est, à sa façon, le témoignage vivant.

Pour naître, exister, financer, transmettre, éduquer, émouvoir, nous avons l’habitude de soulever des montagnes. Sous-subventionnés, nos modèles financiers sont aussi créatifs que la richesse et la singularité de nos créations. Nous connaissons la précarité, collée à nos semelles comme un attribut ironiquement « culturel ». Aujourd’hui, nos modèles économiques sont à terre. Les prochaines années seront critiques car le secteur est profondément sinistré et la règle du jeu doit urgemment changer.

Il est temps de repenser notre relation aux territoires et de donner à nos ensembles les fondations qu’ils méritent. Les conditions de notre existence doivent être reconsidérées sous la tutelle du Ministère de la Culture en collaboration avec les collectivités territoriales et les partenaires institutionnels (opéras, scènes nationales, auditoriums, festivals). Nous avons besoin de fondations solides pour pouvoir vivre et faire vivre des générations de musiciens, afin que la culture de notre pays continue d’irriguer nos territoires et puisse rayonner dans le monde.

La ministre de la Culture a entre ses mains une proposition d’un Plan de relance pour l’indépendance, porté par tous les ensembles et musiciens indépendants. Il ne s’agit pas d’un cahier de doléances, mais d’un ensemble cohérent de propositions, pour repenser notre place dans la vie culturelle et donner des garanties solides aux jeunes générations d’artistes et d’ensembles. La promesse que leur vocation ne sera pas un chemin sans issue. Notre ambition : transformer cette crise en opportunité de restituer à leur juste place nos modèles et nos statuts, pour revenir devant notre public non pas rescapés, mais plus vivants que jamais.

Déterminés à tout tenter pour construire l’avenir, nous croyons que ce Plan de relance est une opportunité unique.

Pour préserver cette richesse musicale qui fait la fierté de notre pays, et participe à son rayonnement international.Pour que la transmission et l’émotion continuent à rassembler.

Pour que les jeunes générations aient encore une chance de se rêver musiciens porteurs de projets.

Pour qu’à la suite de cette crise, la petite musique de nos déboires n’ait pas éteint la grande.