Femme japonaise, par Hokusai Katsushika. © Library of Congress

Disque : les fééries orientalistes du Palazzetto Bru Zane

DISQUE – Le Palazzetto Bru Zane enchante nos oreilles de nouveau avec un enregistrement étincelant de deux raretés de Camille Saint-Saëns, l’opéra La Princesse jaune et les Mélodies persanes.

En 2021 donner un titre comme La Princesse jaune à un opéra évoquant la culture japonaise heurterait profondément nos sensibilités, et provoquerait immédiatement des polémiques et une demande de retrait de l’ouvrage. Car, il faut bien le reconnaître : ce titre suinte de racisme. Mais en 1872, à l’époque où le compositeur français Camille Saint-Saëns et le librettiste Louis Gallet créèrent cette œuvre, ce titre évoquait simplement les charmes d’un Orient mystérieux et fascinant. Et cela ne choquait personne. Oublions donc ce titre d’un autre temps pour apprécier à sa juste valeur cette délicieuse bluette orientaliste de Saint-Saëns. 

Sonorités asiatiques

Rétrospectivement, on se demande bien pourquoi ce charmant opéra-comique en un acte de Saint-Saëns “fut accueilli avec l’hostilité la plus féroce” par la critique et le public lors de sa création. Composé de six numéros musicaux entrecoupés de dialogues, La Princesse jaune repose sur une intrigue très simple : un jeune peintre hollandais, Kornélis, est obsédé par le portrait d’une princesse japonaise, au grand désespoir de sa cousine Léna.

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Un jour, sous l’effet de l’opium, il délire et confond Léna avec la princesse. Effrayée, elle s’enfuit. Une fois l’effet de la drogue passée, Kornélis se rend compte de son égarement, et de ses sentiments réels pour sa cousine. Il lui déclare sa flamme, qui lui avoue ses propres sentiments. 

Léo Hussain et l’orchestre du Capitole de Toulouse magnifient l’écriture chatoyante et délicate de Saint-Saëns de la plus belle des façons

Première œuvre lyrique française à transposer l’oscillation entre rêve et réalité, c’est aussi le premier opéra à évoquer le Japon en France. Mais loin d’un orientalisme de pacotille, Saint-Saëns parvient à intégrer dans son langage harmonique les rythmes et les sonorités de l’Asie avec beaucoup de subtilité et d’élégance. 

Léo Hussain et l’orchestre du Capitole de Toulouse magnifient l’écriture chatoyante et délicate de Saint-Saëns de la plus belle des façons, et accompagnent avec beaucoup de verve et de sensibilité le couple magnifiquement interprété par le ténor Mathias Vidal et la soprano Judith van Wanroij.

Ode-symphonie

Après l’Extrême-Orient, la deuxième partie du disque est consacrée à l’attrait de l’Orient des Mille et Une Nuits avec les Mélodies persanes. D’abord composées comme un cycle pour voix et piano, Saint-Saëns sélectionne à l’époque certaines mélodies pour en faire une “ode-symphonie”, Nuit persane, pour voix, chœur et orchestre.

Dans le passionnant livret du disque, Alexandre Dratwicki, directeur artistique du Palazzetto Bru Zane, explique le choix de transformer cette version orchestrale pour permettre qu’elle soit facilement jouée en concert : Les mélodies “ont été dépouillées des interventions de choeur, réagencées dans l’ordre du cycle pianistique initiales et agrémentées d’un court prélude et d’un interlude symphoniques tirés tous deux de Nuit persane.”

Si l’on peut se questionner sur la démarche qui crée artificiellement une nouvelle oeuvre sans trop se poser la question de la volonté du compositeur, il faut néanmoins reconnaître que ce cycle de mélodies pour orchestre et voix est un pure ravissement, et qu’on espère bien pouvoir l’entendre en concert.

Porté par le somptueux travail orchestral de Léo Hussain et des musiciens de l’Orchestre du Capitol de Toulouse, ce cycle de mélodies est interprété avec brio par une distribution hétérogène mais d’une grande qualité, à commencer par les admirables Jérôme Boutillier et Éléonore Pancrazi.

Une œuvre à retrouver en concert du 1er au 5 octobre 2021 à l’Opéra de Tours dans une nouvelle production pour l’Orchestre symphonique de la région Centre-Val-de Loire et mise en scène Géraldine Martineau et du 19 au 22 mai 2022 au Théâtre de Tourcoing dans la même production mais par l’ensemble Les Siècles.

Pourquoi on aime ?
  • Le raffinement et délicate touche orientaliste de la musique de Saint-Saëns
  • Le somptueux accompagnement orchestral de l’Orchestre du Capitole de Toulouse sous la direction du jeune chef britannique Leo Hussain
  • Une distribution mettant en valeur la fine fleur du chant lyrique francophone
  • Le livret passionnant et très complet
C’est pour qui ?
  • Les amatrices et amateurs de voyage, épris d’orientalisme
  • Les mélomanes avertis en quête d’œuvres rares du répertoire
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