© Julie Reggiani

Je vois, je vois… la soprano Lise Nougier

BOULE DE CRISTAL – Sûre d’elle et audacieuse, la jeune soprano Lise Nougier qui a rejoint cette rentrée l’académie de l’Opéra de Paris, est promise à une belle carrière. Rencontre.

Il paraît que c’est un toc. Lorsqu’elle s’intéresse à un air d’opéra, Lise Nougier doit en écouter toutes les versions. De Mi Chiamano Mimi, elle a sans doute écouté chanter la Callas, Mirella Freni, Renata Tebaldi et Anna Netrebko. « Le chant lyrique, c’est du génie », résume la soprano de 26 ans. « C’est un art où la voix est à l’apogée de son amplification ». Un bouillonnement musical qu’on devine aisément chez elle : un coup d’œil à son CV suffit.

Yeux clairs, profil aquilin et chevelure épaisse, Lise Nougier a quelque chose de son aînée Anja Harteros. Vocalement, on repère aussi déjà quelques similitudes avec la soprano greco-allemande : un timbre chaud, la maitrise de la colorature, des vocalises… Ses autres idoles ? Monserrat Caballé, Maria Callas et Régine Crespin. « C’est une brute », souffle t-elle impressionnée. « Quand elle chante, on dirait qu’elle parle. »

Lise Nougier n’a pas été biberonnée aux opéras et grands concerts d’orchestre. Plutôt à Jean Ferrat, roi de l’Ardèche, terre où elle est née et a grandi. Jacques Brel, Barbara ou Édith Piaf rythment aussi la vie de cette famille qui n’y connaît pas grand-chose au chant lyrique. La sensibilité artistique, Lise la tient sans doute de sa mère, ébéniste. Son père est ingénieur.

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Assurance

Très sure d’elle déjà, adolescente, elle sait : elle veut chanter. Une année, son école de musique où elle pratique le piano se retrouve investie dans un projet de chorale avec la directrice de chœur Nicole Corti. Quelques années plus tard, elle reprend contact avec la cheffe, qui la dirige vers Marina Venant, professeure au Conservatoire de Valence. Avec elle, elle se forme au chant lyrique en parallèle d’une licence de Lettres Modernes et d’Art du spectacle.

La suite ? Elle intègre en 2016 la classe de Chantal Mathias au Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris (CNSMDP) et obtient son Master de chant lyrique en 2020 avec les félicitations du Jury. En septembre 2021, elle rejoint finalement l’académie de l’Opéra de Paris. 500 candidates, cinq reçues, deux Françaises. Un parcours limpide déjà couronné de succès.

Entre temps, elle cumule quelques interprétations notables comme le rôle Ernesto de Il Mondo della Luna de Haydn, à la Philharmonie de Paris. En 2019, Suzanne d’Un Mari à la porte d’Offenbach, Dorabella dans Così fan tutte de Mozart. Elle chante aussi La Grande Messe en Ut de Mozart avec le Paris Mozart Orchestra, sous la direction musicale de Claire Gibault, La Petite Messe solennelle de Rossini avec Les Eléments et La Passion selon Saint-Mathieu de Bach, à la Cathédrale Notre-Dame de Paris, dirigée par Jos Van Veldhoven.

En 2020, elle chante aussi le magnifique Duo des fleurs aux côtés de la soprano Sabine Devieilhe et du pianiste Alexandre Tharaud au Théâtre des Champs-Élysées, dans le cadre du programme Momentum, qui soutient l’émergence de jeunes chanteurs.

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Avenir

Cet été, on la rencontre finalement aux Musicales en Lubéron, où elle se produit aux côtés du baryton Nicolas Testé et de la soprano Diana Damrau dans un programme consacré aux chants d’amour. Une rencontre que la jeune chanteuse a elle-même provoqué : « Lise a laissé une lettre dans ma boîte aux lettres », raconte, amusée, Diana Damrau. Elle aussi, avait envoyé une lettre à une de ses aînées dans ses plus jeunes années : Monserrat Caballé. « C’est une soprano très prometteuse, continue la diva. Elle a la passion de la musique, elle travaille. Naturellement, elle possède la voix, la musicalité et l’oreille… mais elle travaille énormément. »

Deux ans passionnants attendent Lise Nougier à l’Académie de l’Opéra de Paris. Plus tard, elle rêve de troupe, d’opéra, d’étranger… En attendant, du 23 octobre au 24 novembre, elle interprètera en alternance avec sa camarade de classe Marine Chagnon, le page de la duchesse dans Rigoletto, aux côtés de Ludovic Tézier et Nadine Sierra. Un petit rôle, mais la route est encore longue. Pour elle, Diana Damrau voit plus loin : « Un jour, Lise chantera la Traviatta et le répertoire du bel canto ! »