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A Berlin, John Williams par John Williams

COMPTE-RENDU – Invité de l’Orchestre philharmonique de Berlin, John Williams, 89 ans, compositeur massif des musiques de film (dont Harry Potter, Star Wars ou Indiana Jones) a été reçu en rock-star pour trois concerts exclusivement consacrés à son répertoire, du 14 au 16 octobre.

Quel compositeur de musique symphonique rempli trois soirées à guichets fermés avec pour programme sa seule musique ? Quel compositeur a déjà été invité par les plus grands orchestres du monde à diriger un programme composé uniquement de sa propre musique ? Quel compositeur déclenche une standing ovation à son arrivée sur scène et après chacune des pièces ? Il n’y en a qu’un : John Williams. 

Invité à diriger l’Orchestre philharmonique de Berlin, le compositeur-star, connu du grand public pour ses compositions de Star Wars, Indiana Jones, E.T ou Harry Potter, s’est produit durant trois concerts dédiés à son répertoire, du 14 au 16 octobre. Preuve de sa folle renommée, l’intégralité des places s’est vendue en moins de… 20 minutes.

© Benoit Daldin
Icône vivante de la musique de film

Le premier soir fut mémorable : un public de tous âges chauffé à bloc (à notre droite, deux dames du troisième âge, abonnées fidèles des Berliner, à notre gauche, un groupe d’étudiants en délire à la fin de chaque pièce) venu voir un jeune homme de 89 ans prendre un plaisir monstre à diriger un Philharmonique de Berlin des grands soirs.

John Williams est une icône vivante de la musique de film hollywoodienne, un héritier direct des compositeurs de l’âge d’Or tels Max Steiner, Bernard Herrmann, Alfred Newman ou encore Erich Wolfgang Korngold. Mais sa « pâte » est unique : mélodies courtes et inspirées, leitmotivs alla Wagner reconnaissables entre mille, orchestrations cuivrées et cordes au vibrato appuyé.

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Williams est à la fois l’héritier et le révolutionnaire d’un âge d’or de la musique de film à Hollywood. Celui d’un art subtil, avec ses codes et ses génies, souvent considéré avec un certain dédain de ce côté de l’Atlantique. Heureusement, des concerts de ce niveau permettent de reléguer aux oubliettes les commentaires des grincheux. 

Williams est à la fois l’héritier et le révolutionnaire d’un âge d’or de la musique de film à Hollywood

Tubes et raretés

Côté programme : du caviar !  Williams a su se démarquer totalement de celui qu’il avait dirigé en 2020 à Vienne, alternant « tubes » et partitions plus rares. Ainsi, après l’héroïque Olympic Fanfare écrite pour l’ouverture des Jeux olympiques de Los Angeles de 1984, et la célèbre suite de Rencontre du 3ème type, Williams a proposé la plus rare suite de Far and Away, aux accents irlandais.

S’en sont suivis des extraits de Harry Potter à l’école des sorciers avec le fameux Hedwig’s theme et Jurassic Park. Après l’entracte, Superman s’envole avec des extraits de la saga Indiana Jones (Sherzo for motorcycle & orchestra, Marion’s theme et la célèbre Raiders March). Puis Williams dirige la rare Elegy pour violoncelle et orchestre, avec le Français Bruno Delepelaire, premier violoncelliste des Berliner, superbe de musicalité. Le concert s’est achevé par trois extraits de Star Wars (Solo : le thème de Han l’Empire contre-attaque : le thème de Yoda – et le final de l’épisode IV Throne Room & End Title)

Dire que le public était chauffé à blanc est un euphémisme : standing ovation après chaque morceau. Un accueil délirant à la fin du concert qui permet à Williams de nous offrir trois bis : Le Thème de la princesse Leia, le Flying Theme de E.T. et bien sûr la très attendue Marche impériale de Star Wars 

Énergie débordante

Rares sont ces moments où tout semble réuni pour un immense concert : un des meilleurs orchestres au monde, un compositeur légendaire et un programme parfaitement dosé. L’alchimie fonctionne : l’orchestre et sa sonorité ample, virile aux pupitres impeccables de musicalité et d’engagement (les contrebasses jouent-elles le concert de leur vie ce soir-là pour transmettre autant d’énergie ?). Un chef qui prend un plaisir non dissimulé à entendre sa musique jouée ainsi et un public, certes acquis d’avance, mais qui transmet une ambiance bien peu courante dans les concerts symphoniques traditionnels. 

En prime les commentaires du compositeur à chaque pièce, Qui se permet même cette confidence : « Dans deux semaines, je me mets au travail pour écrire la musique de Indiana Jones 5. »  A 89 ans, ça force le respect. 

Rares sont ces moments où tout semble réuni pour un immense concert : un des meilleurs orchestres au monde, un compositeur légendaire et un programme parfaitement dosé.