Rossini

Petite Messe de Rossini : small is beautiful !

DISQUE – Le label Arcana offre une rareté cet automne : une Petite Messe solennelle de Rossini dans sa formation d’origine ! Exit les orchestres monumentaux et les chœurs pléthoriques : cette version se veut ouvertement intime et fidèle à l’esprit du pape du Bel Canto. 

Intime. Voilà un mot qui n’est pas souvent utilisé pour qualifier la musique de Gioachino Rossini. Le Barbier de Séville, La Cenerentola, Le Voyage à Reims et toutes les autres œuvres célèbres du brillant Italien sont plutôt synonymes d’exubérance, de performance, de brio et de fougue. L’image mentale qu’on s’en fait comporte quelques immanquables : un orchestre énergique, des chanteurs dopés à la vocalise et une ambiance de fête permanente où le mot “nuance” ne comporte que deux déclinaisons : “fort” et… “plus fort” !

Rossini: Petite messe solennelle | HIGHRESAUDIO
Le label Arcana offre une rareté : une Petite Messe Solennelle de Rossini en petit effectif.
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La Petite Messe Solennelle : késako ?

Toute règle comporte une exception, et cette Petite Messe solennelle enregistrée par Giulio Prandi et sa bande nous en offre un exemple parfait. Dans l’esprit de Rossini, cette messe était conçue pour être jouée dans de petites salles, comme les salons parisiens de la fin du XIXème en offraient aux clubs de mélomanes qui se réunissaient pour l’amour de l’art bien plus que pour assister à un événement religieux.

Elle est donc écrite, dans sa version d’origine, pour un chœur de huit chanteurs (deux par voix), quatre solistes, un piano de salon et un harmonium, bien loin de la version pour orchestre qui fait le bonheur des philharmoniques et des maisons d’opéra d’aujourd’hui. 

Malheureusement, à force de versions de référence enregistrées en grand effectif, cette Petite Messe s’est installée dans l’esprit du grand public comme un Barbier de Séville du dimanche à Saint-Pierre-de-Rome. Mais dans son idée créatrice, l’œuvre est au contraire un concentré de musique pure, qui nécessite précision et souplesse. Des qualités que ne peut pas offrir une armée de musiciens, aussi brillants soient-ils.

Retour aux sources

C’est dans cet esprit que Giulio Prandi, chef baroque italien a réuni son chœur de chambre, le Coro Ghislieri autour de quatre solistes (dont la formidable Sandrine Piau) pour offrir une version de cette œuvre hors du commun qui soit fidèle à l’esprit de son compositeur. Comme d’habitude lorsqu’un ensemble baroque s’empare d’une pièce romantique, la musique gagne en netteté, en légèreté.

Elle perd cependant beaucoup de son impact sonore (il ne faudrait surtout pas faire la même chose sur la Missa di Gloria de Puccini !), mais puisque c’est ainsi que le voulait Rossini, on ne peut que s’incliner. Et saluer le relief incroyable de la redoutable fugue du Cum Sancto Spiritu : toutes les entrées y sont percutantes et audibles, comme le sont les contretemps qui font swinguer un passage qu’on a plutôt l’habitude d’entendre dans sa version gloubi boulga…

C’est pour qui ?

Si vous trouvez qu’en matière de musique pour chœur, rien ne vaut un choral de Bach ou un oratorio de Händel, jetez une oreille à cette Petite Messe. Vous pourriez bien y trouver votre compte… En effet, le grand mérite de cette version de la Petite Messe solennelle de Rossini est de changer la focale pour attirer l’attention sur la performance collective plus que sur la figure du soliste. Les airs solos sont très bien exécutés, mais ils prennent leur place dans un ensemble plus large dont le chœur est un acteur remarquable. Small is beautiful…

Pourquoi on aime ?
  • Parce qu’on déteste les caricatures, et que vous faire découvrir une œuvre de Rossini qui soit à ce point éloigné du cliché, c’est notre dada.
  • Pour le relief éclatant que le Coro Ghislieri en petit effectif parvient à donner à des passages originelement difficiles à faire sonner.
  • Parce que Sandrine Piau fait partie de ce projet. Et Sandrine Piau, nous on l’aime bien…
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