Les Itinérantes, chanteuses et exploratrices

DISQUE – Les trois chanteuses a capella qui forment Les Itinérantes relèvent avec leur deuxième disque Voyage d’hiver un impensable défi : renouveler le répertoire des chants de Noël ! Un choc.

Rappelez-vous : la playlist de Théotime Langlois de Swarte nous avait mis sur la piste des Itinérantes. Le violoniste avait évoqué Au Fil de l’air, le premier album de ce jeune ensemble féminin (dont fait partie sa sœur Pauline) et partagé son admiration pour leur maîtrise de différentes techniques vocales.

Enthousiasme confirmé ici, après quelques minutes d’écoute sur la scène de l’Opéra de Bordeaux, en première partie d’un récital de Natalie Dessay qui les marraine. Au festival d’Ambronay, en septembre 2021, les trois sopranos apparaissaient aussi aux fenêtres pour capter de manière impromptue les oreilles des passants et les amener à écouter l’architecture de l’abbaye. Le Centre culturel de rencontre d’Ambronay qui accompagne ce jeune ensemble, a également édité leur second disque Voyages d’hiver à paraître le 12 novembre sous son label, Ambronay Éditions.

Exploration

Les Itinérantes sont des exploratrices. Leurs techniques vocales sont très personnelles, de la musique classique (Pauline Langlois de Swarte) au chant diphonique, (Élodie Pont peut produire deux notes différentes en même temps) en passant par la comédie musicale et le jazz (Manon Cousin). Leur trio a cappella couvre la musique de 11 styles musicaux, neuf siècles et 30 langues différentes, rien que ça.

Pour souligner l’esprit de curiosité et de performance de leur trio, Les Itinérantes ont repris le style vestimentaire des exploratrices qui ont fait bouger les lignes à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle. Elles citent en modèle la voyageuse britannique Isabella Bird (1831-1904), première femme à entrer à la Royal Geographical Society, la journaliste américaine Nellie Bly (1864-1922) qui se fit interner dans un hôpital psychiatrique pour mieux y dénoncer les mauvais traitements ou encore la Française Alexandra David-Néel (1878-1969), première occidentale à atteindre la cité tibétaine sacrée de Lhassa.

Jupes longues, chignons bas et châles aux couleurs rustiques : voilà les tenues de scène des Itinérantes. Leur musique garde à l’identique ces tons ocres, la simplicité de l’a cappella, l’esprit pionnier des musiciens baroques et une grande, très grande audace.

Pays baltes, catalans, anglais et brésiliens

Car il faut se lever tôt pour surprendre avec… des chants de Noël ! Les Itinérantes ont cherché des répertoires des pays baltes, catalans, anglais et même brésiliens pour nous faire traverser en douceur la longue nuit de l’hiver. Le Little Book of Christmas Carols (1850), Borboleta (1989) de Marisa Azevedo Monte, Sidrabiņa Lietiņš Lija, un chant lituanien non daté… Sous le charme, on se blottit dans une chaude couverture, au coin du feu et on ouvre grands nos oreilles à des sonorités subtiles et intemporelles.

Comme un paysage défilant à travers la fenêtre d’un train à vapeur, on passe d’un chant du Moyen Age à une composition contemporaine d’Élodie Pont, doucement, sans un sentiment de périple. En bonus, on aime ainsi leur sympathique (et redoutable) adaptation de la fameuse Danse de la fée dragée dans le ballet Casse-Noisette de Tchaïkovski.

Les jeunes femmes ont chacune la même tessiture de soprano : voilà qui complique les choses quand on veut interpréter la plupart des chansons du monde occidental, construites sur plusieurs types de voix. Les Itinérantes passent donc par la transcription et en profitent pour donner aux partitions leur pâte, leurs couleurs et leur contrastes.

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