Jeanine de Bique
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Mirrors : l’étincelante Jeanine de Bique

DISQUE – En attendant de l’entendre à l’Opéra de Paris à partir du 25 novembre, la soprano Jeanine de Bique frappe un grand coup pour son premier récital au disque : un enregistrement merveilleux d’airs d’opéra connus ou plus rares d’Haendel et ses contemporains.

Voici un album qui brille de mille feux, aussi bien musicalement que visuellement. Dès la découverte de la couverture de Mirrors, qui baigne dans un halo doré, le ton est donné : dans son premier enregistrement, la soprano Jeanine de Bique a décidé de nous éblouir. 

Exercice incontournable et délicat, un premier album de récital est une carte de visite qui met en valeur les jeunes chanteuses en montrant la beauté, la puissance, et l’agilité de leur voix. Cela aboutit trop souvent à un exercice assez creux et vain, qui consister à enfiler une suite d’airs, généralement des grands airs d’opéra, sans réellement construire un programme cohérent ou personnel.

Heureusement, pour son premier disque, Jeanine de Bique a, au contraire, pris le soin de penser un programme structuré et original, avec l’aide du musicologue et baryton Yannis François, qui a collaboré récemment au programme du magnifique disque de la mezzo-soprano Léa Desandre.

Héroïnes tragiques

Le concept de Mirrors est très simple : une série de diptyques qui mettent en miroir des airs de grandes héroïnes tragiques d’opéras de George Friedrich Haendel (1685-1759) et de ses contemporains, À travers les figures de Cléopâtre, Rodelinde, Agrippine (mère et fille) et Déidamie, l’album permet ainsi comparer différentes approches musicales des mêmes personnages chez Haendel, et ses rivaux, Carl Heinrich Graun (1704-1759), Georg Philip Telemann (1681-1767), Riccardo Broschi (1698-1756), et Gennaro Manna (1715-1779).

Dans le livret du disque, la soprano caribéenne explique à quel point la musique de Haendel a compté pour elle et les « résonances profondes » qu’elle trouve dans les portraits de ses héroïnes : “Dans ces arias, nous rencontrons des héroïnes qui sont finalement récompensées pour leur ténacité et leur force, leur pardon et la plénitude de leur amour.”

Aigus spectaculaires

Le résultat est éblouissant : la voix fruitée et chaude de Jeanine de Bique avec ses aigus spectaculaires et son agilité impressionnante dans les vocalises sont accompagnés d’une grande intensité dramatique, qui nous fait ressentir le moindre affect de ces femmes aux destins exceptionnels et douloureux.

De plus, la soprano est magnifiée par l’accompagnement orchestral somptueux des musiciens du Concerto Köln, dirigés d’une main de maître par Luca Quintavalle. Ces derniers sortent d’ailleurs de l’ombre de la soprano pour interpréter les deux ouvertures de Paternope, celle de Haendel et celle de Leonardo Vinci (16990-1730). Le seul petit bémol de ce disque est le livret, uniquement en allemand et en anglais, dans lequel on ne trouve pas les textes des arias présentées sur le disque.

Ce fort bel album est un superbe écrin pour découvrir une soprano en pleine ascension, que nous aurons également la joie d’entendre en Alcina dans l’opéra éponyme de Haendel à partir du 25 novembre sur la scène de l’opéra Garnier.

Pourquoi on aime ?
  • Pour l’originalité du programme : ces beaux portraits d’héroïnes tragiques, à la fois fortes, vulnérables et émouvantes.
  • Pour la voix ornementée aux aigus spectaculaires de la soprano
  • Pour s’amuser au jeu des comparaisons entre Haendel et ses contemporains.
C’est pour qui ?
  • Les glottophiles, c’est-à-dire les amoureux des belles voix, qui se délecteront des vocalises nombreuses.
  • Celles et ceux qui aiment l’opéra baroque et pourront découvrir quelques raretés.
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Alcina de Georg Friedrich Haendel à l’Opéra de Paris, du 25 novembre au 30 décembre. Informations et réservations.