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COMPTE-RENDU – Ce dimanche 5 décembre, durant le festival de La Dolce Volta, l’organiste Olivier Latry donnait un concert salle Gaveau, à Paris, sur un orgue à tuyaux mobile. On se serait presque cru dans Vingt Mille Lieues sous les mers !

De l’orgue à Gaveau ? Certes, il y a bien des tuyaux mais point de console. Est-ce à dire que les tuyaux ne sont pas que de façade, et qu’ils ont un jour sonné ? Mais oui : construite en 1907, la salle Gaveau est alors équipée d’un orgue Cavaillé-Coll, sur lequel est notamment créée la 3ème Symphonie pour orgue de Louis Vierne par Marcel Dupré, en 1912. En 1957, la console est rachetée par la commune de… Saint-Saëns – ça ne s’invente pas ! – en Normandie, avec l’argent des dommages de guerre.

Gulliver, l’orgue à tuyaux mobile
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Il aura donc fallu attendre soixante-quatre ans pour qu’à nouveau l’orgue sonne à Gaveau, soixante-quatre ans… et un certain incendie qui, depuis avril 2019, prive Olivier Latry de son principal outil de travail : le grand-orgue de la cathédrale Notre-Dame de Paris. Qu’à cela ne tienne. Le plus brillant représentant actuel de l’école d’orgue française continue à propager ce répertoire, même s’il faut pour cela installer un orgue à tuyaux temporaire dans une salle de concert ! En l’occurrence, l’orgue mobile Gulliver, fabriqué par Henri-Franck Beaupérin : un concentré de technologie et de savoir-faire, capable de transformer une salle de concert classique en temple de l’orgue !

Et la musique, dans tout ça ?
Le pédalier, le banc et la console de l’orgue Gulliver. © C. de C.

Côté musique, on est servi : c’est vraiment un orgue à tuyaux qui sonne, avec ses différents registres, de la voix humaine avec tremblant la plus séraphique au contrebasson de pédalier le plus terrifiant. Il y a même une boîte expressive, pour des effets de nuances, et les quatre claviers combinés aux tirasses d’accouplement (des claviers entre eux, faut-il préciser…) « font le job ».

Les tuyaux sont bien réels : douces flûtes en bois, plein jeu brillant et cornet nasillard à souhait. Olivier Latry peut alors laisser s’exprimer son talent, en véritable maître de la forge, époustouflant de technique, de virtuosité… et de plaisir !

Pour le plaisir : l’Interview perchée d’Olivier Latry
Bach, Liszt et Widor

Au programme : un début solennel, avec le Ricercare à 6, extrait de l’Offrande musicale, suivi de la fugue en sol mineur de Bach. Puis, le somptueux Prélude et fugue sur b.a.c.h de Franz Liszt, fait d’allers et retours incessants des deux mains sur les quatre claviers et de doubles pédales aux pieds !

Ensuite, toujours dans le registre romantique, La Marche du veilleur de nuit, de Charles-Marie Widor, inspiré du Choral du veilleur de Bach. Puis le Liebestraum n°3 (Rêve d’amour) de Liszt, transcrit pour orgue par Latry lui-même, et qu’il dédie à son épouse, organiste également, en concert au même moment à la Philharmonie de Paris !

Retour à Bach, enfin, avec la géniale Passacaille et fugue en do mineur : un thème au pédalier, répété 20 fois, sur lequel viennent se greffer des variations toujours plus amples et intenses, mettant en valeur toutes les possibilités sonores de l’instrument. Et pour boucler la boucle, le Choral du veilleur, toujours de Bach, dans sa version en trio (la plus difficile à exécuter), avant un choral de Noël en bis, In Dir ist Freude (En Toi est la joie), tout en douceur et sérénité.


Souhaitons vraiment que Notre-Dame de Paris soit rénovée dans les délais annoncés, pour entendre à nouveau sonner, sous les doigts d’Olivier Latry, son magnifique grand-orgue. Pour patienter, vous pouvez toujours écouter les deux derniers disques du maestro : Bach to the future (Dolce Volta), enregistré à Notre-Dame de Paris juste avant l’incendie, et Liszt // Inspirations (Dolce Volta), enregistré sur l’orgue de la Philharmonie de Paris.