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FRERES DE LIBERTE

POINT DE VUE – Dans « la nuit de décembre » Musset évoque un homme vêtu de noir « qui me ressemblait comme un frère ». Ces mots pourraient être ceux de François-René Duchâble à propos de son comparse Alain Carré. Non pas qu’ils sont physiquement semblables, le pianiste mince et sec et le comédien trapu, mais ils sont frères dans leur art. Duchâble est vif et anguleux dans les pièces de Chopin (Ballades, Nocturnes, Berceuse, Préludes, Scherzo) et Lizst (Consolation n°3) comme Carré dans la lecture des lettres de Sand et de Musset. Le jeu du pianiste est un mélange d’ordre (issue de l’école française du piano, on pense à Yves Nat) et de fougue, celle d’un artiste libre dans la vie comme dans le choix de ses tempi. Il passe du motif langoureux à la cascade de notes avec une facilité déconcertante. Parfois la vitesse perturbe l’écoute comme dans l’étude « tristesse ». De même pour Carré dans « La balade à la lune ». Mais ce n’est pas bien grave car on connaît la plupart des œuvres. La voix chaude et musicale de Carré incarne brillamment les amoureux brûlants et orgueilleux. Il connaît si bien la musique jouée par son compagnon qu’il peut réciter sur les notes de Chopin, et c’est délicieux. On regrette parfois la sonorisation du piano et de la voix qu’on aimerait sentir au creux de l’oreille mais il faut pouvoir toucher les presque 1400 spectateurs du Pin Galant…

Le roman de Venise, lundi soir au Pin Galant
Article paru dans Sud Ouest du mercredi 20 octobre.

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