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L’Odyssée de Sonia Wieder-Atherton

INTERVIEW – Elle est musicienne mais surtout poétesse, amoureuse des mots, des sensations et des images. Lorsque Sonia Wieder-Atherton monte sur scène avec son violoncelle, on ne peut pas s’attendre à un récital classique, même si elle joue Bach ou Schumann. Elle ajoute des lectures et des sons à un jeu passionné et touchant. Après le succès de « Chants juifs » et « Chants d’Est », la violoncelliste met le cap sur la Méditerranée avec « Odyssée pour violoncelle et choeur imaginaire », sa nouvelle création.

Après la musique juive et celle de l’Europe de l’Est, pourquoi vous concentrer sur la Méditerranée ?

Je savais que la Méditerranée m’attendait. Plutôt que de construire ce spectacle à partir de la musique, du répertoire, je me suis interrogée : j’ai imaginé une scène ronde, au parterre de sable chauffé par le soleil brûlant, entouré de gradins en pierre. Une femme seule, encerclée par la mer, parle, crie, chuchote. Elle m’évoque une image de tragédie grecque, où ces hommes se battent contre les dieux pour sortir de leur condition. J’ai été troublée par cette image car j’avais beaucoup de musique en tête avant de trouver cette mise en situation particulière. Je suis sur scène au centre d’un cercle, comme cette femme, et sa voix est celle de mon violoncelle. 

Vous êtes seule sur scène. Quel est ce « choeur imaginaire » ?

J’ai remplacé l’ensemble d’instruments qui m’accompagnent généralement dans mes concerts par une bande-son faite de vagues, tempêtes, voix et extraits de films. Je les ai collectés puis travaillés avec Franck Rossi (ingénieur du son spécialisé dans la musique contemporaine, ndlr). J’ai confronté la musique à ces sons et le choix s’est fait : certains morceaux n’allaient pas tandis que « l’Elégie éternelle » de Enrique Granados était une évidence. Certaines de ces pièces ne sont pas écrites pour le violoncelle, j’ai dû faire un travail de composition et de transcription, comme pour l’air de Bellini « Casta Diva » ou « Manfred », poème symphonique de Schumann. 

Pourquoi avez-vous choisi le titre « Odyssée » ?

Après « Chants juifs » et « Chants d’Est » (édités chez Naïve), ce spectacle aurait dû s’appeler « Chants de la Méditerranée », mais j’ai préféré cette idée de voyage. Entre le son des vagues et celui du violoncelle, j’ai le sentiment de faire un voyage à la rencontre des éléments qui sont la source de la musique. C’est un voyage qui n’est pas triste et éprouvant comme celui d’Ulysse : ça finit bien ! Il y a dans ce spectacle une grande puissance de vie, telle qu’on peut l’observer aujourd’hui dans ces pays de la Méditerranée, ces femmes qui parlent et manifestent au risque de leur vie. Elles font le choix de la vie. 

Concert le 23 mars, Agora du haut-Carré de Talence (33), 20 h. 15 €. A 17 h 30, sera projeté un film portrait de la violoncelliste signé par Chantal Akerman. 

Photo © Marthe Lemelle

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