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Jordi Savall apporte la paix à Bordeaux

CONCERTS – Des batailles instrumentales à ses batailles pour la paix voire l’anti-capitalisme : entretien avec Jordi Savall.
« La tragédie de l’être humain est qu’il ne sait pas apprendre de son histoire », soupire Jordi Savall. Le musicien catalan, dont les subtiles sonorités à la viole de gambe ont été révélées au grand public dans le film « Tous les matins du monde » (Alain Corneau, 1991), poursuit sa « réflexion musicale sur les conflits», selon ses mots. Il donnera trois concerts à l’auditorium de Bordeaux, où il sera en résidence toute la semaine.
Les deux premiers reprennent les programmes qui ont fait sa réputation : « La Folia », avec harpe et guitare, et « La Suite française », sur les musiques de Lully, Rameau, Bach et Haendel. Le dernier, samedi 25, donnera la primeur d’un programme inédit intitulé « Guerre et Paix en Europe à l’époque du baroque, 1613-1713 ».
Les événements historiques – la guerre de Trente Ans, la paix des Pyrénées, la guerre de la Succession d’Espagne et enfin la paix d’Utrecht – sont illustrés par les musiques du XVIIe siècle, époque de prédilection de Jordi Savall. Sous sa direction, les musiciens de Hespèrion XXI et du Concert des nations, les chanteurs de La Capella Reial de Catalunya et les instrumentistes de tradition arabe invités – soit plus de 30 interprètes ! – joueront des extraits du « Motet de la paix » ou de « La Marche des combattants », de Jean-Baptiste Lully, ou encore « Galliard Battaglia », de Samuel Scheidt, « Newark Siege », de John Jenkins… Des « batailles instrumentales », s’amuse Jordi Savall.
« Une guerre invisible »
Les sources de ces conflits – affaiblissement économique de l’Espagne, coût trop élevé des dépenses militaires, révolte sociale, etc. – résonnent étrangement avec l’actualité. Ambassadeur pour la paix de l’Unesco, Jordi Savall ne cesse de rappeler par ses projets qu’il est illusoire de « croire trouver les solutions aux choses à travers la violence, de penser que la guerre résout les conflits entre les nations. Ça ne se passe pas comme ça, la nation humiliée veut prendre sa revanche… »
L’Europe pacifiée d’aujourd’hui n’est pas d’un grand réconfort pour Jordi Savall : « Il n’y a plus de guerres… sauf la guerre commerciale, qui provoque elle aussi beaucoup de souffrances. Elle est encore plus sournoise car elle n’a pas de visage. Le roi ne fait plus la guerre au tsar, mais les grands investisseurs cherchent à conserver leur pouvoir en menant une guerre invisible. Cette bataille-là est beaucoup plus couarde. Les riches du XIXe créaient des hôpitaux et des gares, ils voulaient contribuer à la richesse de leur communauté. Ceux qui cherchent à ne pas partager sont des bandits, ils ont perdu l’attachement à leur pays, une perte morale. »
« La Folia », mardi 21 – « La Suite française », jeudi 23 – « Guerre et Paix », samedi 25. À 20 h, à l’auditorium, Bordeaux. 8 à 70 €. 05 56 00 85 95.
Photo © David Ignaszewski

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