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L’Opéra Comique retrouve ses couleurs

REPORTAGE – En optant pour la teinture végétale, l’atelier de costumes de l’Opéra Comique à Paris renoue avec un riche patrimoine.

« C’est dans les vieilles marmites qu’on fait les meilleures confitures » : voilà un adage qui sied à l’Opéra Comique à Paris. Cette institution lyrique qui a vu naître « Carmen » de Bizet, l’opéra français le plus joué dans le monde, fête en 2014 ses 300 ans. Quand aux marmites, il faut pour les trouver monter dans les combles de « la salle Favart » comme on le surnomme.

Christelle Morin, chef de l’atelier de conception et de réalisation de costumes se passionne depuis quelques années pour la teinture végétale. Elle quitte son minuscule bureau de bois pour une belle cuisine toute moderne. Habillée d’un grand tablier et de long gants en caoutchouc, elle mélange des bandes de tissu avec des potions magiques bien connues il y 100 ans : cochenille, garance, chêne, etc. Objectif : dire adieu le plus souvent possible aux colorants chimiques. Et perdurer un savoir-faire patrimonial, une démarche en accord avec la mission de l’Opéra Comique qui fait jouer des opéras du XVIIIe et XIXe par des orchestres sur instruments d’époque afin de s’approcher au mieux de l’esprit de l’œuvre.

Un peu comme certain se mettent à faire leur pain ou leur yaourts chez eux, Christelle Morin a voulu apprendre à teindre elle-même et a suivi une des rares formations en teinture végétale. La Fondation Hermès est arrivé en bonne fée pour offrir en 2012 une véritable cuisine dans les combles de l’Opéra Comique. « Ce n’est pas au départ une démarche éthique, explique la chef d’atelier – c’est un plus car la gamme de couleurs est beaucoup plus riche ». Et le budget de fournitures est allégé car les pigments naturels coutent moins chers.

Longtemps, l’Opéra Comique ne réalisait pas ses costumes sous son toit mais les précédents directeurs, Pierre Médecin et Jérôme Savary, ont soutenu l’installation d’un véritable atelier. « L’actuel directeur Jérôme Deschamps aime le costume, confie Christelle Morin et sait qu’autour de lui se noue la relation avec l’artiste. Avant les chanteurs découvraient les costumes 15 jours avant d’entrer en scène ». Un créateur a tout de suite été séduit : en 2008 Christian Lacroix – réputé pour ses robes colorées – adopte les teintures végétales pour la totalité des costumes qu’il réalise pour Roméo et Juliette.

Si tout a commencé avec douze bustiers, l’aventure a pris de l’ampleur : la centaine de costumes de Lakmé en janvier 2014 était à 80% issus du végétal, à peine moins pour  Marouf, savetier du Caire, un opéra de 1914 redonné en 2013 avec une fameuse « robe parachute » (ci-contre) qui fit beaucoup d’effet. Christelle Morin s’intéresse déjà aux costumes pour Les Fêtes vénitiennes de Campra, programmées en janvier. On y travaillera de la garance pour obtenir… du rouge bien évidemment !

 

 

L’Opéra Comique en quelques dates

1714 : création de l’Opéra Comique par deux petites troupes parisiennes. Le texte alterne avec le chant : le genre « opéra comique » s’oppose à l’opéra, entièrement chanté.
1783 : l’Opéra Comique s’installe dans son propre théâtre, la Salle Favart.
1875 : la création de Carmen de George Bizet est un échec. Cette femme libre choque le public et la critique.
1883 : Création de Lakmé de Léo Delibes (photo) et deux ans plus tard des Contes d’Hoffman d’Offenbach.
1898 : Après deux incendies, le bâtiment est reconstruit par Louis Bernier, un théâtre à la pointe de la modernité.
1929 : Crise oblige, l’Opéra Comique devient une succursale de l’Opéra de Paris… jusqu’en 1990.
2007 : avec Jérôme Deschamps, l’institution retrouve son panache musical avec des redécouvertes comme Ciboulette ou Mignon. Olivier Mantei lui succèdera en juin 2015.

Soirée de gala 300 ans de l’Opéra comique, jeudi 13 novembre à 20 H, à revoir sur le site d’Arte concert http://concert.arte.tv/fr
Article paru dans Le Parisien du 13 novembre 2014

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