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Emmanuel Krivine : il faut arrêter de chercher qui a raison !

INTERVIEW – Emmanuel Krivine est une personnalité. Un chef admiré, inspiré et même redouté tant son charisme est puissant. Il fête par une tournée les dix ans de « son » orchestre sur instruments d’époque, la Chambre Philharmonique. 

Brahms, Schumann, Dvorak : vous optez pour fêter les dix ans de la Chambre Philharmonique pour un programme romantique. Pourquoi ?
Avec un orchestre sur instruments d’époque, le choix du programme est très facile. On doit rester dans un même style, dans les mêmes timbres, sinon il nous faudrait changer d’instrument ! Impossible de faire une soirée « Rameau-Varèse-Bruckner »… ce qui serait ridicule d’ailleurs ! (rires) Alors on compose un menu équilibré, pour celui qui joue comme pour celui qui écoute : un plat plus lourd, un autre plus léger. La première partie évoque le tragique avec le Concerto pour violoncelle de Schumann et l’Ouverture tragique de Brahms. En deuxième partie, la symphonique N°8 de Dvorak est à l’opposé : optimiste. Pour ce programme, l’entracte sert de trou normand !

Instruments d’époque ou modernes : pour quoi faire ?
Notre seule préoccupation est : que voulait entendre le compositeur ? Beethoven sur instruments d’époque me semble indispensable. Je préfère jouer Bruckner avec des instruments modernes (comme en janvier avec l’Orchestre National Bordeaux Aquitaine, ndlr) car il y a une question de masse sonore. Mais je ne suis pas un chevalier en croisade : à Bordeaux je joue la symphonie N°8 de Dvorak avec la Chambre Philharmonique, six mois après l’avoir faite avec le Chamber Orchestra of Europe, sur instruments modernes. D’un côté le choix du style, du langage. De l’autre, la brillance, l’intonation, le volume.

Si l’on joue toute la musique avec les mêmes instruments modernes, on obtient une uniformisation du son, une mondialisation du son. Les instruments d’époque poussent à une recherche, un artisanat. Si je compare cela avec le vin, il s’agit de faire une analyse du sol, du terroir. C’est une démarche bio en quelque sorte ! (rires) Et il y a une prise de risque car on ne sait pas toujours comment les instruments anciens vont répondre. Cette vulnérabilité rapproche du public. Nous vivons une époque formidable où le mélomane peut tout entendre dans de très bonnes conditions. Il faut juste arrêter de chercher à savoir qui a raison !

D’un orchestre à l’autre, votre conception d’une œuvre change-t-elle ?
Le chef n’est qu’un interprète, il part de la matière existante. Je lève le bras, le son démarre et j’accompagne, comme je guiderais un bateau. Je ne génère pas le son ! Que je dirige la Chambre Philharmonique ou un orchestre moderne, mon attitude est la même. Ceci dit, il ne faut pas rêver sur l’image du chef. La partition est première. Le chef ne fait que mettre des touches de peinture sur un mur déjà peint par le compositeur. Le chef ne conçoit pas la peinture.

Avec la Chambre Philharmonique : dimanche 14 décembre, 15 h, auditorium de Bordeaux. 8 à 35 €. 05 56 00 85 95. Le 16 décembre à la Cité de la Musique. Le 18 à Grenoble, le 20 à Annecy.
Avec l’ONBA : jeudi 15 janvier, 20 h, auditorium. 8 à 45 €. 05 56 00 85 95.
Article paru dans Sud Ouest du 12 décembre 2014.

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