Au Thoronet : Moyen-Âge, grande musique  Nouveau__MG_8763 - Thoronet /Bruno Isolda Full view

Au Thoronet : Moyen-Âge, grande musique 

FESTIVAL – Aux Rencontres internationales du Thoronet, la musique révèle la beauté du patrimoine cistercien.

Une seule note lancée dans l’abbatiale du Thoronet et la magie opère. Le son s’envole et tournoie dans le bel espace de pierres calcaires. Il faut entre sept et onze secondes pour qu’un son se développe dans l’église de l’abbaye du Thoronet, un phénomène acoustique exceptionnel et… absolument mystérieux ! Les moines cisterciens qui ont construit en 1136 ce bijou de l’arrière-pays varois n’ont laissé aucune explication architecturale. Ils ont pourtant conçu un instrument de musique fabuleux, la plus longue réverbération après le Taj Mahal en Inde, dit-on dans la région.

Les visiteurs qui viennent là par centaines de milliers chaque année n’ont qu’une question : quelle musique avaient en tête les constructeurs de l’abbaye du Thoronet ? Le festival Les rencontres internationales du Thoronet apporte chaque été une réponse. « Dès le VIIIe siècle, la musique polyphonique, à plusieurs voix, cohabite avec la monodie, le chant à l’unisson comme le chant grégorien », explique Dominique Vellard, directeur artistique du festival. Ce musicien, chercheur et professeur à la prestigieuse école de musique ancienne de Bâle en Suisse (la Schola Cantorum), fait venir pendant une semaine des ensembles internationaux spécialistes de musique médiévale. « Nous fêtons nos 25 ans, un bel anniversaire. Une telle longévité est rare : les festivals durent rarement plus de dix ans. Peut-être est-ce dû à la haute spécialisation du festival ? »

Ce troubadour des temps modernes est dans son élément au Thoronet. Il faut le voir sur scène guidant les chanteurs de sa belle voix de ténor. Il est entouré d’une douzaine de jeunes, amateurs de haut niveau ou futurs professionnels, venus des quatre coins du monde se perfectionner durant l’Académie qui précède le festival. Ils ont l’honneur d’assurer le concert d’ouverture : une sélection de musiques de la cour des rois d’Aragon et de Castille aux XIIIe et XVe siècles. Ces « Cantigas de Santa Maria » ont été copiés sur quatre manuscrits miraculeusement conservés. « Nous travaillons sur des transcriptions car les manuscrits sont bourrés de fautes, s’amuse Dominique Vellard. Pour comprendre comment interpréter une musique médiévale, il faut connaître d’autres manuscrits de la même époque afin de corriger les erreurs. » Le champ est vaste puisque le Moyen-Âge s’étend de 476 (la fin de l’empire romain) à 1492 (Christophe Colomb en Amérique). « Je travaille sur dix siècles de musique… Je n’ai pas encore eu le temps de tout aborder. Il faudrait plusieurs vies », sourit Dominique Vellard.

A côté des partitions, les manuscrits sont illustrés de miniatures représentant les instruments qu’il faut utiliser : vielle (l’ancêtre du violon), tambourin, cornemuse, oud et luth. Ces instruments européens et moyen-orientaux accompagnent les chanteurs de l’Académie du Thoronet. Les musiciens chantent aussi ces poésies polyphoniques écrites en espagnol ancien. Le chant est pur comme l’architecture du lieu est sobre, fidèle aux règles de l’art cistercien.
La petite communauté de moines vivant au Moyen-Âge au Thoronet ont-ils connu cette musique ? Ce n’est pas impossible car la communication culturelle entre les pays, via le réseau des abbayes ou des cours royales, était intense. La programmation musicale des Rencontres internationales du Thoronet a gardé cet esprit : elle fait venir jeudi des musiciens marocains maîtres du Samaa, le chant soufi. Demain – lundi – deux joueurs de flûtes anciennes s’associent avec des chanteurs imitant les chants des oiseaux… Dans l’acoustique incroyable de l’abbatiale, nichée au milieu de la forêt du Thoronet, ce sera sûrement du plus bel effet.
Séverine Garnier – Le Parisien

Les Rencontres internationales du Thoronet
OU : A l’abbaye du Thoronet (Var), l’une des abbayes cisterciennes les mieux conservées de France.
QUOI : Un festival de musiques anciennes et de musiques du monde.
QUI : Des troubadours modernes ! Des chanteurs, des joueurs de oud, de luth, de vielle, de cornemuse, des chanteurs d’oiseaux et des percussionnistes de tradition arabo-andalouse.
QUAND : Jusqu’au 30 juillet, un concert par soir dans l’abbaye.
COMBIEN : De 16 € à 22 € pour les concerts. Gratuit pour les moins de 12 ans. La visite de l’abbaye, incontournable : 7,50 € (gratuit pour les moins de 25 ans, chômeurs, handicapés, etc.)

Article paru dans Le Parisien du 26 juillet 2015.

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