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Pourquoi certaines œuvres traversent l’Histoire ?

INTERVIEW – Il est l’un des grands maîtres de la musique médiévale dans le monde. Dominique Vellard, directeur musical de l’ensemble Gilles Binchois s’est penché sur Heinrich Isaac, compositeur du Moyen-Age voyageant entre l’Italie et l’Europe du Nord. Avec ses musiciens, Dominique Vellard vient d’enregistrer sa Messe « Missa Virgo Prudentissima » chez le label Evidence.

Les compositeurs du moyen-âge voyagent-ils beaucoup ?
Oui, et la vie d’Heinrich Isaac (1450-1517) en est la preuve. Il travaille en Europe du Nord, à la cours impériale autrichienne de Maximilien 1er, mais aussi en Italie pour la famille Médicis. On a gardé trace de sa Messe dans deux manuscrits conservés en Allemagne et la pièce maitresse de cette Messe, le « Credo », a été retrouvée dans deux manuscrits italiens : cela prouve son succès, c’est énorme.

Pourquoi certaines pièces traversent-elles l’histoire ?
Contrairement à ce que l’on pourrait croire, les œuvres circulent beaucoup, notamment vers la Flandre, pays très féru de musiques. Et tout à coup, un chef d’œuvre émerge, il est copié et recopié… et conservé jusqu’à nous. La qualité des œuvres des 15 et 16e siècles qui sont venues à nous est unique dans l’histoire de la musique : certaines œuvres sont de véritables chefs-d’oeuvre. Cela prouve la qualité des chanteurs des cours, à qui cette musique est destinée.

En quoi la messe de Heinrich Isaac « Virgo prudentissima » est exceptionnelle ?
Par son écriture à six voix : c’est assez rare à cette époque où l’on écrit pour trois ou quatre voix. Il utilise un thème sur lequel il construit la polyphonie, un principe appelé « Cantus firmus ». Heinrich Isaac compose une sonorité pleine et riche, constamment renouvellée et inattendue. On pense souvent que ce chant dit « grégorien » est très simple mais là, le son bouge tout le temps, c’est impressionnant. On croit aussi que les chanteurs médiévalistes modifient le thème quand ils l’interprètent mais cette Messe est si complexe et si aboutie que les chanteurs ne peuvent, comme pour la « Messe en si » de Bach, ajouter une croche !

Sur quoi travaillez-vous en ce moment ?
Sur le manuscrit espagnol de Las Huelgas de Burgos dans lequel il y a encore beaucoup de choses à découvrir. C’est une vaste collection d’environ 180 pièces écrites au début du 14e siècle, la plupart provenant de la célèbre École de Notre Dame de Paris. La notation mélange de façon pragmatique divers éléments des systèmes français et espagnols. En m’y replongeant j’ai découvert que ce pragmatisme se manifestait autant dans les monodies que dans les polyphonies. Il est temps de faire entendre le résultat de ces découvertes !

Article paru en partie sur le site de Mécénat Musical Société Générale

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