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Paris fête les Demoiselles de Rochefort

REPORTAGE – Deux soirées-projection étaient organisées à Paris autour de Michel Legrand et du film de Jacques Demy. Reportage.

« Vous êtes très jolie, mademoiselle »… « on me l’a déjà dit. C’est pas original »! Dans d’autres circonstances, la réplique serait cinglante. Samedi soir au Grand Rex à Paris, elle fait sourire. Les Demoiselles de Rochefort ont 50 ans et les fans échangent, complices, les phrases de cette comédie musicale culte.

Quelques uns se sont habillés pour rendre hommage au génie coloré de Jacques Demy : une minijupe plissée bleu, un t-shirt rayé, un béret rose, un blouson beige, voire, carrément les emblématiques robes blanche à la doublure rose ou jaune et leurs chapeaux à fleurs assortis : c’est ainsi que ma sœur et moi (les sœurs Garnier, comme dans le film) se sont habillées. Noémie, 5 ans et demi, veut se faire photographier « avec les Demoiselles ». « Elle connaît tout l’univers par coeur, pire que moi », s’amuse sa mère. Les fans habillés posent aussi avec ce papa de 69 ans et sa fille trentenaire qui lui offre cette soirée pour son anniversaire. Guillaume et Matthieu arborent un simple béret de marin, clin d’oeil aux « marins bien plus marrants que tous les forains réunis », expliquent-ils en chantant un des thème célèbre des Demoiselles. Ces deux frères de 25 et 23 ans habitant Paris sont tombés fous amoureux du cinéma de Jacques Demy. Les Demoiselles de Rochefort se partagent en famille comme ils se transmettent de génération en génération.

« Ce film c’est mon doudou »
Olivia est venue de Londres pour la soirée. Elle porte la robe blanche et rose de Catherine Deneuve dans le film ainsi q’un grand chapeau assorti. « Avec ma sœur, on s’est faite faire les robes de Demoiselles quand nous avions vingt ans. Vingt ans plus tard nous rentrons toujours dedans ! » Elle a transmis sa passion à ses trois garçons. Le premier s’appelle Maxence et l’on surnomme le second « Boubou », tout comme dans le film. « Maxence, 13 ans, fredonne les chansons des Demoiselles à l’école. Cela étonne les filles de sa classe, s’amuse Olivia. Ce film fonctionne comme un doudou : il fait du bien, il rassure, il redonne de la gaité et de la joie. » Sentiment partagé par Richard, la soixantaine, son voisin au Grand Rex : « quand je n’ai pas le moral je me le regarde chez moi, mais tout seul. » Cet employé d’Air France est un grand cinéphile et avoue sa préférence pour « Les Parapluies de Cherbourg », autre succès de Demy. Pourtant, dix jours avant le Grand Rex, il avait regardé « Les demoiselles de Rochefort », une énième fois. « Mes enfants par contre n’accrochent pas », constate-t-il déçu.

La bande son des Demoiselles de Rochefort est à l’honneur de cette soirée d’anniversaire. Avant la projection du film remasterisé, Michel Legrand, le compositeur de la fameuse mélodie « Nous sommes deux soeurs jumelles », interprète avec un big Band de 16 musiciens un « medley » des thèmes des Demoiselles de Rochefort. Legrand, encore très agile au piano, est applaudi comme une rock star faisant se lever les milliers de spectateurs du Grand Rex. Il fait entendre des orchestrations nouvelles des thèmes du film, tantôt très jazzy, tantôt bossa nova, et ne peut s’empêcher de « scatter » un peu. Ses « chou bi dou bi dou » font sourire affectueusement le public, habitué à cette manie et à la voix frêle du maestro. Une fois son medley achevé, Michel Legrand annonce une surprise : la chanteuse Melody Gardot et le comédien Lambert Wilson montent sur scène. Fans eux-aussi des Demoiselles de Rochefort, ils chantent avec beaucoup d’émotion « La chanson de Maxence » et sa version en anglais : « you must believe in spring ».

Après l’entracte Michel Legrand réponds aux questions de Stéphane Lerouge, monsieur « musiques de film » chez Universal Music. Michel Legrand évoque en vrac quelques souvenirs et ses « sentiments mêlés » entre la « joie » d’un tournage débridé et l’évocation de Françoise Dorléac morte tragiquement peu de temps après le film. Questionné sur sa plus grosse difficulté dans le travail sur les Demoiselles, il réponds : « Jacques avait écrit les textes des chansons en alexandrins. 17 chansons en alexandrins ! Comment faire des choses différentes avec une même prosodie ? J’ai quand même réussit et l’on ne se rend pas compte que ce sont des alexandrins ! »

Pas fans de « La La Land »
Au nom de Damien Chazelle, le public du Grand Rex s’agite et proteste gentiment. Le réalisateur de la comédie musicale « La La Land » a voulu rendre hommage aux grands créateurs de comédies musicales, dont le français Jacques Demy. A 17 ans, découvrant Les Parapluies de Cherbourg, il décide de devenir réalisateur. Après le succès de « Whiplash » qui évoquait déjà la musique, Damien Chazelle ose le pari de « La La Land »… 5 fois primés aux Oscars, 6 fois aux Golden Globes. Damien Chazelle a préfacé la biographie de Michel Legrand (à paraître) et à donné au compositeur la primeur de voir « La La Land » avant sa sortie. Chapelle témoigne « qu’il ne serait rien sans Jacques Demy ». Filiation sacrilège pour les fans des Demoiselles de Rochefort qui ne semblent pas adouber le fil auto-proclamé de Demy. Au Grand Rex samedi soir, ils sont nombreux à avouer ne pas avoir vu « La La Land »… qui a pourtant remporté un grand succès.

La projection des Demoiselles de Rochefort commence. Certains dans la salle l’on vu des dizaines de fois ! Les premières images du pont transbordeur provoquent des applaudissements d’excitation. L’ambiance au Grand Rex est joyeuse : on fredonne ces chansons qu’on connaît par cœur, on ris des bons mots, on découvre un détail qu’on avait pas vu avant… la lecture assidue du journal « Sud Ouest » au café d’Yvonne par exemple ! Quand le chassé croisé des amoureux s’achève et qu’enfin, Andy retrouve Solange, c’est l’explosion de joie. Certains sortent en dansant, d’autres essuient une larme.

Article paru dans Sud Ouest (édition Rochefort) du lundi 2 octobre.

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