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Fanny Azzuro : « le concert est une épreuve » Fanny Azzuro - ©Y.Renoult Full view

Fanny Azzuro : « le concert est une épreuve »

INTERVIEW – Pianiste française, d’origine italienne, Fanny Azzuro défends une vision généreuse et engagée du récital. Rencontre.

Comment construisez-vous les programmes de vos concerts ?
F.A. : C’est variable. Les récents récitals étaient inspirés de mon dernier disque « Impressions 1905 » (paru chez Paraty, lire notre article ici, ndlr) regroupant trois œuvres composées cette année-là : Miroirs de Ravel, Images de Debussy, et Ibéria de Albéniz. Le lendemain je peux jouer le premier cahier des Images de Debussy, Les Scènes d’enfants de Schumann, La Sonate funèbre de Chopin et un morceau de jazz : les Variations de Nikolaï Kapustin ! Je n’ai pas d’a-priori quand je compose un programme. Une chose est sûre : je préfère construire autour d’un thème plutôt qu’une monographie d’un compositeur. L’important est de partager un moment fort et d’établir une connexion avec le public.

Les lieux sont-ils des sources d’inspiration ?
F.A. : Forcément ! On ne joue pas de la même manière dans une église ou dans un théâtre, encore moins dans un château ! Il y a déjà l’acoustique qui exige qu’on s’adapte. Dans une église très réverbérante pour le son, je vais opter pour des tempi plus lents par exemple. Et puis il y surtout le public. Le ou la pianiste « sent » son public et joue en fonction de lui. Une belle écoute, un beau silence de la part des auditeurs me portent. Si les auditeurs bougent et s’agitent, je ne donne pas tout. Ce partage est essentiel. J’ai récemment donné un concert à Paris au profit des victimes du terrorisme. Les spectateurs ne venaient pas que pour la musique. Je n’étais pas qu’une « actrice » qui joue sur scène mais une artiste qui s’engage, qui veut transmettre des messages. Créer ce « dialogue » avec le public permet d’ajouter une dimension supplémentaire au récital classique, de procurer davantage d’émotions.

Aimez-vous vous produire sur scène ?
F.A. : C’est assez paradoxal (rires). Les pianistes ont toujours le souhait de se produire sur scène. Pour ma part, j’en parlais déjà à l’âge de huit ans… mais je ne savais pas de quoi je parlais ! Le travail qu’exige un récital est énorme. Tout le rituel du concert est une épreuve : le travail en amont, le jeu par cœur, le voyage, la préparation du concert, la gestion du trac, l’entrée en scène, le fait de se retrouver seule livrée à soi-même. Mais l’après concert… j’adore ! J’éprouve une grande satisfaction. Je profite de chaque occasion de rencontrer le public après le récital, pour une dédicace ou une dégustation ! Cet échange verbal, le fait que certaines personnes aient été touchées, parfois bouleversées, est le cœur de mon métier. Qu’il y ait des imperfections ou pas, on donne de l’amour.

Article paru dans Sud Ouest du 27 mars 2018.

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