Le Cid / Massenet - RoubaudCOMPTE-RENDU – « Rodrigue as-tu du cœur? » Nul doute, Roberto Alagna en a ! Et un cœur vaillant, pour incarner « Le Cid » dans l’opéra de Jules Massenet (1842-1912) inspiré de la pièce de Corneille. Un peu malade au moment de la générale (la faute au pollen), le ténor est au mieux pour cette cinquième date à l’opéra Garnier. On croirait la partition écrite pour lui : un soldat courageux qui venge l’honneur de son père et obtient le pardon de sa fiancée.

On connaissait quelques grands airs comme « Ô souverain, ô juge, ô père » (voir plus bas la vidéo de la même production à Marseille en 2011), mais l’ensemble de cette partition délaissée depuis un siècle est aussi réjouissant. Magnifiquement servie par un grand chef d’orchestre français, Michel Plasson, cette musique est à la fois romantique, séduisante et redoutable, avec quelques notes diablement aiguës. Alagna les envoie sans fléchir, la main sur le cœur, ses bottes de soldat solidement ancrées au plancher. Il ne change pas, notre Roberto !

Sa partenaire Sonia Ganassi est moins à l’aise pour incarner une tendre Chimène, et son « Vas je ne te hais point » ne fait pas monter les larmes. Le reste de la distribution – Paul Gay, Annick Massis, Nicolas Cavallier et Laurent Alvaro – est d’un très haut niveau. Presque aucun d’entre eux n’a l’âge de son personnage. Ce détail, ajouté à une mise en scène situant l’histoire dans l’Espagne des années 1960, donne un petit air désuet à ce Cid. Roberto Alagna a quelques décennies de plus que Rodrigue mais son énergie fait vite oublier l’état-civil. Cette âme bien née n’a pas eu à attendre le nombre des années.

Le jeudi 9 avril à l’Opéra Garnier à Paris. Article paru dans Le Parisien du 11 avril 2015.