COMPTE-RENDU – Le clap de fin de l’édition 2019 du festival de Sablé a claqué, laissant derrière lui de belles découvertes et des moments durant lesquels notre écoute est invitée à être toujours curieuse. Voici cinq coups de cœurs pour des artistes, des spectacles, des musiques… à suivre même quand l’été est fini.

Le spectacle de la Compagnie Beaux-Champs, Louis XIV et ses Arts

Drôle, touchant, onirique… Le spectacle de la Compagnie Beaux-Champs a réjouit petits et grands ! Sur scène : deux danseurs – Bruno Benne et Adeline Lerme – spécialisés dans la danse baroque et deux musiciens – au violon Benjamin Chenier et à la viole de gambe Marie-Suzanne Binh. Ils ont embarqué le public à partir à la découverte des arts et travaux du temps de Louis XIV : du tableau « Architecture » durant lequel le mime et la danse traduit la symétrie parfaite des ouvrages classiques, à « l’Astronomie » pour lequel le Roi Soleil (Bruno Benne) nous présente un lumineux ballet de cour, en passant par la burlesque comédie de Molière qui raconte la dangereuse Médecine des docteurs du Roi. Enfin, dans la tempétueuse « Navigation » voguent de fragiles bateaux de bois. Tout est construit en laissant une part de naturel et de rêve au spectateur qui crée ses propres images en découvrant musique et danse baroques.

La troupe dans le tableau « Navigation »

Bach à voix basse

La contralto Nathalie Stutzmann, à la baguette de son ensemble Orfeo 55, a présenté un programme d’arie et sinfonie de J.S. Bach. Malgré une légère fatigue, sa voix suave et chaude traduisait ce soir-là parfaitement l’atmosphère de recueillement et de calme dans lesquels les airs voulaient nous faire plonger. Elle a invité le jeune baryton basse Léon Kosavic. Bien que le timbre de la voix de ce dernier soit déjà magnifique et puissant, bien que sa technique soit au point, sa prestation sera extraordinaire quand il se laissera davantage porter par la musique… Ce duo de voix graves ont rassuré et emporté l’auditoire dans une étrange sensation de temps suspendu, si caractéristique de l’œuvre sacrée de Bach. En contrepoint, l’orchestre Orfeo 55, léger, large et d’une superbe subtilité respirait toujours beaucoup, notamment quand il devait jouer sans chef pendant que Nathalie Stutzmann chantait.

Le baryton Leon Kosavic

Tupasy Maria, ou le culte de la déesse-mère indienne !

Un programme très original a eu lieu dans l’église de Sablé présentant des œuvres de compositeurs sud-américains, indiens et colons espagnols. Ainsi, l’ensemble Les Traversée Baroques ont interprété au public des œuvres d’Andrès Flores, Tomàs Torejon y Velasco ou encore Juan de Llenas. L’apport musical des indiens à la musique baroque est intéressant, comme nous l’a expliqué Judith Pacquier, directrice artistique des Traversées Baroques : « la musique apportée par les conquistadores a été enrichie par les instruments des indigènes, comme par exemple le violon de bambou ou les Sikus, les flûtes de Pan locales. Il ont également ajouté plus de jeux de rythmes, notamment avec l’alternance des 2 temps et 3 temps.

La jeune soprano Dagmar Saskova, dont le timbre de la voix et doux et perlé, était accompagnée par l’organiste Laurent Stewart qui jouait avec les différentes registrations de l’instrument pour lui donner tour à tour des timbres de violon ou de trompette. La cornettiste et flûtiste Judith Pacquier ornementait des diminutions dont les envolées pouvaient faire penser au vol du condor, fluide et fier ! Les timbres mélangés de l’orgue et du cornet étaient délicieux. Comme le résumait une festivalière : « il y avait de la tendresse pendant ce concert… »

L’ensemble Amarilis repense la musique de chambre…

L’ensemble de la hautboïste et flûtiste Héloïse Gaillard a présenté un spectacle de musique de chambre avec, ici aussi, beaucoup de poésie et de féerie. Toujours en mouvement, « comme en un kaléidoscope » selon ses mots, les musiciens interagissaient, respiraient, s’écoutaient, mettant en évidence les rapports qu’ils ont, comme c’est le cas lors d’une discussion verbale. La musique devient une parole, avec ses gestes et expressions. Le tout crée une grande complicité entre les musiciens traduite dans leur jeu par une grande qualité d’écoute, des contrastes, et une musicalité exacerbée. Le public devient actif dans son écoute, il s’intéresse à l’histoire qui lui est mimée. La musique, elle, est à la fois décor et personnage principal.

Une compositrice : Maria Margarita Cozzolani et ses Vêpres par I Gemelli !

L’ensemble d’Emiliano Gonzales Toro a présenté à Sablé la création française des Vêpres de Maria Cozzolani, dont le disque a été récemment salué par la critique (nous en reparlerons prochainement !). Cette moniale italienne du couvent de Sainte-Radegonde de Milan a composé plusieurs recueils dans les années 1640 – en même temps que sont parus les madrigaux de Monteverdi, dont l’écriture s’en approche. En effet, les Vêpres de Cozzolani alternent des airs savoureux avec basse continue – dont le sublime Concinant linguae offert par la contralto Anthea Pichanick – et des chœurs où les paroles ornées exgigeaient des chanteurs comme des musiciens de belles prouesses techniques.

Le concert est disponible sur CultureBox pendant un an à cette adresse.

I Gemelli

Un bonus ? On a testé pour vous … les massages sonores « Phonoscopie : Sécante » !

Dans une salle obscure, assis, entourés de haut-parleurs… une bande électronique signée Jean-Philippe Gross et Antoine Rousseau est diffusée pendant que deux musiciens – Thierry Madiot et Yanik Miossec – s’affairent à vous faire entendre des sons, ceux-ci acoustiques en manipulant de petits objets. Les canaux visuels n’étant plus sollicités, l’attention de l’ouïe est décuplée : on entends même avec le corps. Tantôt douce et relaxante, tantôt plus énergique, tout nos sens (sauf un) sont en exergue, comme lors d’un massage tactile. On se laisse porter – ou pas, selon la sensibilité de chacun – , et l’on peut même arriver à se détendre ! Cette écoute passive crée des images que chacun interprète selon son passé musical, ses souvenirs… L’oreille se balade, et ces sons simples apaisent notre esprit après une petite semaine de festival !

Le festival de Sablé aime les défis curieux et les expériences nouvelles ! Il aime également que l’oreille se renouvelle… cela s’est entendu cette année, et devrait encore être le cas du 25 au 29 août 2020 pour la 42° édition !