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PLAYLIST – Avec son ensemble Correspondances, le chef d’orchestre baroque a fait changer notre oreille sur la musique au temps de Louis XIV : avec eux on a redécouvert Marc-Antoine Charpentier et le sublime Ballet royal de la nuit, cette nuit de fête pour promouvoir le Roi-Soleil. Voici sa playlist en exclusivité pour Classique mais pas has been. Elle est à retrouver sur YouTube ou sur Spotify.

Nos lecteurs connaissent Sébastien Daucé depuis longtemps. À leur yeux, il n’est pas seulement le chef baroque internationalement reconnu, le fin connaisseur de la musique baroque française ou le compagnon de route de la mezzo-soprano Lucile Richardot. Pour nous, il est aussi ce jeune musicien qui distribuait des bières en souriant au festival de Saintes.

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Il propose aux curieux de le suivre à travers les sept épisodes d’un mooc, (massive open online course, cours en ligne ouvert à tous, NDLR), à partir du 15 février. En suivant son “voyage musical au XVIIe siècle”, imaginé avec le concours de l’ensemble Correspondances et organisé par le CCR d’Ambronay, vous saurez tout sur les coulisses de la musique française de l’époque (Inscriptions ici).

La playlist du professeur Daucé révèle les émotions d’un cœur timide et généreux. Laissons-lui la parole…

Robert SCHUMANN, Liederkreis, op. 39, n°7.

« Je révère cet enregistrement en ce qu’il représente la beauté absolue d’une voix qui ne cherche pas à briller ou à séduire vainement, mais qui vise droit le cœur et l’intelligence. Ce Lied a failli se retrouver au milieu de nos Songs (spectacle de l’ensemble Correspondances donné en 2019, NDLR), mises en scène par Samuel Achache pour tout ce qu’il évoque de mélancolie mêlée de musique, avec derrière la symphonie des musiciens, une mariée qui pleure. 

Johannes BRAHMS, Symphonie n°4 en mi mineur

J’ai découvert cette symphonie au lycée, en passant des heures à comprendre la partition et ses arcanes. La première fois que j’ai entendue la version de Philippe Herreweghe, j’ai eu la sensation physique d’une correspondance parfaite entre ce qu’avaient compris mes yeux et ce qu’entendaient mes oreilles : j’ai eu l’impression non pas d’entendre une symphonie, mais de plonger dans le cerveau de Brahms ! 

Amando ZEFERINO, Sodade

Une des plus belles chansons dans la versions d’une des plus belles chanteuses populaires, Cesaria Evora : c’est la musique d’un samedi matin tranquille, les fenêtres ouvertes sur les arbres. 

Johann Sebastian BACH, Les Variations Goldberg

Entrevoir la construction abyssale de ces Variations à travers le discernement, l’agilité et la poésie de Jean Rondeau est un cadeau inestimable : je n’aime pas vraiment les longs concerts filmés, mais cette vidéo est captivante, et l’instrument que joue Rondeau est l’un des plus beaux que j’ai jamais entendus. 

Georg Friedrich HAENDEL, Suite pour clavecin en ré mineur, HWV 428

C’est le même instrument magnifique qu’a choisi Pierre Hantaï pour ce nouveau disque. Si l’on ne s’en était pas rendu compte avant, les pièces de clavecin de Haendel deviennent sous ses doigts de la musique de premier plan, avec des improvisations, des fulgurances d’ornements inouïes. C’est aussi un disque profondément apaisant : on se dit qu’un artiste comme Pierre Hantaï a toujours tellement à dire depuis trente ans, qu’il impose aux oreilles averties les limites de la nouveauté permanente.

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Francis POULENC, Dialogues des carmélites

Un opéra intense de bout en bout, peut-être le seul qui parviennent pour moi ce niveau, dont la musique et le livret sont d’une égale profondeur. Plus mystique que beaucoup d’œuvres sacrées, cet opéra me fascine totalement. La version de la création est particulièrement touchante. 

Juliette, The Single

Impossible de choisir une chanson de Juliette plutôt qu’une autre : tout est filou, intelligent, clairvoyant, truculent et sans jamais une once de prétention (même pas pour sa chanson en latin!). Les arrangements sont fins et inventifs, et les textes sont des petites fenêtres de lucidité. 

Michel LEGRAND, The Windmills of your Mind

J’adore comprendre les processus de création : comment un compositeur se forge un style propre, parvient à exprimer tout ce qu’il a en tête, tout en puisant aux sources auxquelles il a bu. C’était la motivation du projet Charpentier… Avec Michel Legrand, ces croisements entre Bach, le jazz, la chanson, et tant d’autres sont comme un beau labyrinthe dans lequel on peut revenir jouer souvent. »  

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