Romie Estèves : “le chaos est source de création”

INTERVIEW – La nouvelle tournée de Vous qui savez ce qu’est l’amour, le spectacle de la mezzo-soprano Romie Estèves autour des Noces de Figaro de Mozart, affichait complet avant d’être annulé.. Qu’à cela ne tienne, il est disponible en streaming en attendant d’autres projets. Nous avons rencontré cette artiste innovante et résiliente.

Pas trop déçue ?

[soupir] Après le succès de la première tournée, la deuxième série de Vous qui savez ce qu’est l’amour a été annulée alors qu’elle affichait complet. Heureusement pour moi, le Théâtre de l’Athénée a décidé de décaler les dates en 2021/22. Même si les annulations représentent des grosses pertes pour la compagnie, j’appréhende cette crise comme un temps de remise à niveau, de remise à zéro car tous les acteurs culturels sont logés à la même enseigne. C’est aussi un temps pour dire stop à la société compétitive qui, à mon sens, n’a rien à faire dans le métier d’artiste, et qui est un poison pour la santé, la voix et la créativité. Oui, ça me frustre que les métros soient bondés et pas les théâtres mais, en même temps, nous sommes très soutenus et on nous donne du temps, une denrée très précieuse. Je ne parle évidemment pas des gens qui souffrent ou qui se sacrifient pour soigner. Je me dis qu’à titre personnel, le chaos est source de création.

“Vous qui savez…” cherche une autre forme de concert : c’est important ?

Essentiel. C’était important par exemple que mon spectacle tourne dans une MJC de la région Nouvelle-Aquitaine autant que dans une maison d’opéra parisienne. Je ne connais pas beaucoup d’artistes lyriques qui font ce que je fais : s’emparer du genre pour en faire de la création. Dans les ensembles baroques, les orchestres, il y a une vie artistique qui ressemble à une vie de théâtre. Je cherche la même chose pour l’art lyrique. Mon bac à sable est l’opéra et j’invente des formes entre répertoire et création. Après avoir proposé quelques chose autour des Noces, je travaille à un récital augmenté autour de Debussy et la danse : Le cabaret du faune.

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Vous avez initié cet été un festival “maison” de manière impromptue. Quel succès !

C’est la belle histoire de l’été 2020 !Je pensais depuis un moment à un festival qui serait aussi une fête populaire, une fête de village. Lors du premier confinement, j’ai discuté avec la soprano Aude Extremo, qui habite aussi la région [l’Entre-deux-mers, près de Bordeaux, ndlr]. On s’est dit : on y va ! Tous les samedis pendant dix semaines nous avons invité une centaine de personnes dans la cour de ma maison pour entendre quelques amis artistes. J’ai d’abord cru à un feu de paille mais dès que la presse a relayé, c’était parti ! Chaque vendredi il fallait inventer un spectacle pour le samedi soir avec, parfois, une mise en scène, une thématique. Nous avons invité des artistes amis et voisins, comme les ténors Stanislas de Barbeyrac et Thomas Bettinger, la soprano Irina Stopina mais aussi des artistes venus de la musique jazz, chanson, etc. On a fait des bœufs. Les spectateurs sont venus (avec leurs chaises !) du village, de Bordeaux, de plus loin. Ils ont participé “au chapeau”, de même pour la buvette. Cela a donné une ambiance particulière. Voir un chanteur et une chanteuse lyriques sans lumières, sans robe, sans grand orchestre, marche aussi, touche.

Allez-vous le refaire ?

Oui ! Le public ne savait pas ce qu’il allait voir mais faisait confiance. Cette expérience les a rendu confiant et curieux. Nous voulons garder cet esprit mais en payant les artistes et les techniciens ! Nous inviterons des groupes locaux pour la musique festive, à danser, et proposerons une projection de film en plein air, en relation avec les institutions locales comme Les Carmes de Langon. le Lux à Cadillac, etc.

La captation intégrale du spectacle “Vous qui savez ce qu’est l’amour” sera disponible en exclusivité sur la page Facebook de l’OARA du mercredi 20/01/2021 soir au lundi 25/01/2021 matin uniquement !

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