c La Monnaie/De Munt Pieter Claes

Qu’est-ce qu’un bon directeur d’opéra ? Réponse avec Mozart à La Monnaie

OPÉRA – À l’occasion de sa nouvelle production de Der Schauspieldirektor, La Monnaie, maison lyrique de Bruxelles, diffuse un podcast autour de cet opéra de Mozart écrit la même année que Les Noces de Figaro. L’occasion de réfléchir au rôle de directeur d’opéra.

On l’a constaté récemment lors de la nomination du directeur général de l’Opéra de Paris : choisir le chef d’une grande maison culturelle n’est pas facile ! D’autant plus en ces temps de crise où il faut manier l’art du “stop ou encore” avec dextérité. En attendant qu’une même tempête s’agite pour la Philharmonie (son directeur Laurent Bayle aura 70 ans en juin prochain) ou l’Opéra de Bordeaux (pour succéder à Marc Minkowski en 2022), qui pourrait répondre aisément à cette question “qu’est ce qu’un bon directeur d’opéra” ?

Trois directeurs pour un

La Monnaie de Bruxelles nous donne une piste de réponse avec son podcast Résonances, qui introduit les œuvres programmées par la maison lyrique. À l’occasion d’une nouvelle adaptation de Der Schauspieldirektor, le directeur de la Monnaie, Peter de Caluwe, a mobilisé ses confrères du théâtre national Wallonie-Bruxelles, Fabrice Murgia, et Michael De Cock, directeur du KVS, le théâtre royal flamand, pour travailler sur cette production et réfléchir au rôle du directeur d’opéra. Fabrice Murgia et Michael de Cock exercent aussi en tant que metteurs en scène.

Dans la version francophone de ce podcast, Peter de Caluwe donne sa définition de son travail : “Je suis un vrai intendant dans le vieux style du mot. L’impresario est un middle man. Il est entre le public et l’artiste, et il a à sa disposition le personnel du théâtre et de l’argent pour créer. Il doit savoir manager les finances, le personnel et les artistes. Il doit posséder un sens artistique pour réaliser les programmations”.

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Un médiateur

Intendant, impresario, general manager : les termes varient d’un pays à l’autre. Alexander Neef, directeur général de l’Opéra de Paris. Dominique Meyer est le “super-intendant” (Sovrintendente) de La Scala de Milan. Outre-Atlantique, Peter Gelb est le General Manager du Metropolitan Opera de New York. “Aujourd’hui, le directeur d’opéra a vu son champ d’activités s’élargir, surtout en ces temps de Covid, indique Peter de Caluwe, et je me reconnais énormément dans ce idée d’impresario que présente Der Schauspieldirektor“.

L’opéra de Mozart interroge sur la complexité des tâches qui incombent à l’impresario. Franck, personnage principal de l’œuvre, doit faire face à un dilemme ; celui d’apaiser les relations entre deux chanteuses, Madame Herz et Madame Silberklang. Les fonctions d’un directeur de théâtre s’apparentent également à assouvir des rivalités et à trouver des subterfuges pour répondre aux exigences des artistes. Der Schauspieldirektor représente la genèse d’un milieu en perpétuelle évolution.

“On a la permission de jouer

À l’heure où toutes les salles de spectacle sont fermées, Der Schauspieldirektor apparaît presque comme une prophétie. La première phrase de l’opéra en témoigne avec cet uppercut : On a la permission de jouer.” Fabrice Murgia et Peter de Caluwe disent, tout au long de l’entretien, l’importance de la présence du public au sein d’un lieu de culture. « Les interprètes ont besoin de lui » clament-ils en chœur. Pour une osmose que l’on espère retrouver, même derrière un écran : l’opéra, dirigé par Alain Altinoglu, sera diffusé en streaming le 19 février prochain, sur le site de La Monnaie.