Víkingur Ólafsson credit Ari Magg

Víkingur Ólafsson : Mozart et compagnie

DISQUE – Pour la rentrée, le pianiste islandais Víkingur Ólafsson voyage en terrain connu avec un programme d’œuvres taillées pour son style : légères et élégantes. Comme son nom l’indique, Mozart & Contemporaries éclaire le style d’un compositeur omniprésent à la lumière de ses contemporains. Un disque qui s’écoute bien, avec quelques charmantes surprises…

Vous connaissez sûrement ce jeu : on est en voiture, régulateur calé à 130 km/h, autoradio branché sur notre fréquence classique préférée, profitant (sans perdre de vue les lignes blanches) des belles œuvres de la programmation. Dès les premières mesures du morceau, le jeu consiste à deviner le compositeur. Tout le monde y va de son petit avis, du spectateur averti au musicologue du dimanche. Ça fuse dans l’habitacle ! “Berlioz ! Meuh non voyons… Saint-Saëns alors ? Allez, moi je parie sur Strauss”. À la fin de l’extrait l’arbitre radiophonique tranche d’une voix suave : “Vous venez d’écouter le deuxième mouvement de la Sérénade pour piano et violoncelle de… Richard Strauss.” C’est gagné !

Mozart et compagnie

A ce petit jeu, il y a un compositeur qui fait l’unanimité du siège conducteur au fin fond de la banquette arrière : Mozart. Le style riant, léger et sincère de l’enfant prodige est si reconnaissable que l’on se trompe rarement, visant juste à chaque sonate, chaque rondo ou chaque concerto. Si reconnaissable, vraiment ?

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La plume, symbole du maître mot de ce disque : légèreté.

En cet automne 2021, Víkingur Ólafsson propose un défi à tous les joueurs. Un blind test classique à la découverte du style galant du XVIIIe siècle. Dans un enregistrement Deutsche Grammophon, le pianiste islandais réunit Mozart et ses contemporains dans un programme assez inédit qui explore la richesse des influences de la tête de gondole autrichienne. On y croise des œuvres originales de Mozart, de Haydn bien sûr mais également de Cimarosa, Galuppi et Carl Philipp Emanuel Bach. 

C’est dans ces compositeurs peu joués que réside la réelle surprise de ce disque. Cimarosa et Galuppi, tous deux plus connus pour leur opéras que pour leurs sonates donnent toute la mesure d’un style et permettent d’ouvrir le champs des contemporains de Mozart à autre chose que le sempiternel “Papa Haydn”, dont on ne saurait penser qu’il ait suffi à lui seul à suggérer au génie autrichien la théâtralité et l’espièglerie de ses œuvres instrumentales. On trouve aussi dans ce terreau italien beaucoup de ce qui fait Mozart.

Du bout des doigts

En musicien complet, Víkingur Ólafsson offre comme souvent dans ses enregistrements des transcriptions faites maison, des condensations musicales qui déportent ici dans ses dix doigts le dialogue d’un quintette à cordes à deux altos : le pathétique quintette en Sol mineur de… Mozart, of course. Dans ce domaine, on regrette un peu la transcription du célèbre Ave Verum par Franz Liszt, pièce qui réduit assez pauvrement une partition pour chœur complet sur les deux dimensions du clavier. Pour être sympa, on dira que c’est éthéré…

C’est pour qui ?

Le jeu consistera pour les mélomanes purs et durs à se passer les pistes en mode aléatoire pour essayer de distinguer ce qui est Mozart et ce qui ne l’est pas. Pour les autres, simplement profiter de la délicatesse du toucher de Víkingur Ólafsson, un pianiste qui a fait ses preuves dans l’art de restituer avec légèreté des morceaux choisis pour construire des programmes résonnants. Des mises en écho où l’ancien dialogue avec le moderne, le connu avec l’anonyme. Comme ce triptyque Sonate facile en Do majeur de Mozart, Larghetto de la Sonate en ut mineur de Galuppi qui aboutit sur la pièce phare du disque, la théâtrale Sonate en ut mineur de Mozart. Un disque agréable en somme, qui ne posera pas de problème, mais n’en résoudra aucun non plus. Une agréable balade en pays galant, à la portée de toutes les oreilles.

Pourquoi on aime ?

  • Pour les retrouvailles toujours plaisantes avec Víkingur Ólafsson, un musicien qui a une vraie identité musicale, faite d’élégance et de brio. La classe scandinave.
  • Pour l’éclairage d’œuvres de Mozart par des contemporains autres qu’Haydn. Un peu de changement, ça fait du bien…
  • Pour la surprise de cette transcription du trop peu joué Quintette à cordes pour deux altos en Sol mineur de Mozart. Une merveille qu’on a plaisir à retrouver sur le clavier.
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