L’interview perchée #38 de Simon-Pierre Bestion

INTERVIEW PERCHÉE – Peut-on jouir pendant un concert de musique sacrée ? Réponse avec Simon-Pierre Bestion. À la tête de la Compagnie La Tempête, ce chef d’orchestre souffle un air nouveau sur les concerts de musiques sacrées. Il se prête au jeu de l’Interview perchée® avec Séverine Garnier.

Si vous avez déjà assisté à un concert de la Compagnie La Tempête, vous le savez : plus qu’un spectacle, c’est une expérience. Ses chanteurs et musiciens bougent tout en jouant pour mieux envelopper le spectateur dans la musique et le plonger dans l’émotion.

Leur dernier spectacle, Hypnos, actuellement en tournée et en janvier 2022 au disque (Alpha) a la conviction que la musique porte en elle des propriétés curatives de l’âme et du corps. Le directeur de l’ensemble La Tempête, le brillant Simon-Pierre Bestion, a exploré l’histoire de la musique pour trouver des partitions aux multiples vertus. « Ce que nous appelons musicothérapie, n’est pas une invention récente », explique le musicien qui cite en priorité les Grecs.

« De nombreux textes de l’antiquité, du Moyen Âge et de la Renaissance témoignent de la capacité de certains soins à apaiser un ‘fou’ ou, à l’inverse, d’activer le désir. Les Grecs ont inventé un terme, éthos, qui définit les différents effets de la musique sur l’émotion des humains. » L’un des premiers traités de musicologie, écrit en 1025 par Gui d’Arezzo consacre un chapitre à « la puissance de la musique ».

Introspection

Les grandes religions ont largement exploité ce phénomène : « La musique tient un rôle important dans le rite, poursuit Simon-Pierre Bestion. Elle réconforte, pousse à l’introversion et à la prière, voire, elle permet la communication avec l’au-delà. »

L’apaisement, le repos, le sommeil, le rêve et le passage vers l’autre-monde pourraient être les effets recherchés dans le programme construit pour le festival de Saintes. Comme toujours dans les spectacles de La Tempête, le choix des musiques est très large : d’un chant vieux-romain du XIe siècle aux expériences sonores de Giacinto Scelsi (1905-1988) en passant par des extraits de plusieurs requiems de la Renaissance.

Tout le savoir-faire de Simon-Pierre Bestion et de ses huit chanteurs, soutenus par un cornet à bouquin et une clarinette basse, est d’agencer des partitions d’une telle manière que le spectateur perd la notion du temps historique. Il est comme hypnotisé. Hypnos, le nom de ce spectacle et de ce disque, fait référence au dieu grec du même nom, maître du sommeil. 

Nous sommes allés chez lui à Tours pour son Interview perchée :

Alexandre Kantorow, Sol Gabetta, Félicien Brut… se sont aussi prêtés au jeu de l’Interview perchée. Retrouvez-les ici.

« La musique tient un rôle important dans le rite. Elle réconforte, pousse à l’introversion et à la prière, voire, elle permet la communication avec l’au-delà. »