Philippe Katerine Dana Ciocarlie
© Bernard Martinez

Dana Ciocarlie et ses melting-potes

DISQUE – Belle surprise de cette fin d’année, la pianiste Dana Ciocarlie propose chez La Dolce Volta son nouvel album, Bubbles, dans lequel elle convoque ses amis de musique comme Philippe Katerine, Juliette Armanet, Anne Queffélec et Julie Depardieu.

Pour le grand public, Dana Ciocarlie était la sage et dévouée interprète de Schumann dont l’enregistrement de l’intégrale des œuvres pour piano au label Dolce Volta lui avait valu de frôler une Victoire de la musique classique, en 2018. Une carrière modèle, du Conservatoire de Bucarest au CNSM de Paris, vers les circuits tout tracés de l’excellence pianistique à l’européenne. Les petits souliers bien rangés dans un couloir bien tracé.

Dana Ciocarlie. © Bernard Martinez
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Décalage assumé

Puis un jour, la bulle a éclaté, laissant entrevoir les mille facettes de lumière d’une artiste qui ne se résume pas à des doigts agiles et à des récitals bon chic bon genre. Car Dana Ciocarlie est aussi une femme du monde, une personnalité attachante qui sait lier des amitiés dans ce curieux univers mondain qu’est la musique.

Dans cet enregistrement accompagné d’une tournée qui passe le 5 décembre prochain par la salle Gaveau, elle nous présente sa galaxie d’amis. Un catalogue de personnalités dans un programme que seul justifie le plaisir de jouer ensemble. On y jongle entre Poulenc, Piazzolla, Schubert, compositeurs arménien et roumains dans un joyeux bazar multiculturel. Comme un salon où s’entassent les lectures entamées et les conversations inachevées avec des amis de passage.

Dana Ciocarlie, Philippe Katerine, Julie Depardieu, Astrig Siranossian… |  Salle Gaveau
Philippe Katerine est l’un des invités surprise de ce disque. © Bernard Martinez
Melting potes

Car oui, n’en déplaise aux grincheux, Bubbles donne dans le mélange des genres. Fait notable : on y croise les émules d’une mode radiophonique qui consiste à confier à des chanteurs de variété des mélodies du répertoire français. Philippe Katerine dans Poulenc, Juliette Armanet dans Kurt Weil, les voix légères donnent à deux pièces lyriques bien choisies une patine nouvelle. En réalité, en les écoutant chantées ainsi, on se dit que ces mélodies ont été composées pour des chanteurs moins lyriques que ce qu’on entend d’habitude dans les récitals. Une sacrée réussite !

C’est pour qui ?

Impossible dans un seul article de s’arrêter sur chacun des artistes qui composent cette folle équipée autour de Dana Ciocarlie. Mais on citera Anne Queffélec s’il est besoin de convaincre les gens sérieux, Julie Depardieu pour parler la folie douce de textes choisis, Juliette Armanet pour les romantiques et Astrig Siranossian dans une superbe (et trop courte) danse arménienne. Il faut saluer ce projet qui résiste aux cases et qui fait, avec des artistes dont la qualité n’est plus à démontrer, un joli pied de nez à ceux qui pensent que la musique classique n’est qu’une affaire de gens sérieux.

Un extrait de Bubbles, où l’on (re)découvre le goût exquis de Philippe Katerine dans Poulenc. Qu’est-ce qua ça marche bien !
Pourquoi on aime ?
  • Pour la grande sympathie humaine qui apparaît dans ce projet. Le disque est avant tout histoire de rencontres. Là réside sa cohérence.
  • Pour l’aperçu du grand don de mélodiste de Philippe Katerine. Une justesse magnifique qui appelle un disque entier. Allez Philippe et Dana, s’il vous plaît !!
  • Pour le personnage que Dana Ciocarlie dévoile au grand public : comme si Agnès Varda avait croisé marraine la bonne fée.
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